Lio, sous le soleil de Rio

Lio, sous le soleil de Rio
2 images
Lio, sous le soleil de Rio - © Tous droits réservés

Dans la vie, il y a des hauts et des bas. Il y a aussi le tropicalisme et la bossa nova. Revenue du succès et de tous les pièges du showbiz, Lio flâne sur les plages de Bahia au bras de l’ami Jacques Duvall. À la veille des quarante ans de l’indémodable Banana Split, le parolier emmène sa chanteuse préférée à la pêche aux bons morceaux. Et c’est un fameux coup de filet : le temps d’un disque, le couple mythique des années 1980 revisite l’héritage de Dorival Caymmi, figure sacrée de la musique populaire brésilienne.

Fin de journée dans une ville transformiste. Bruxelles change de visage et son lifting passe par un fameux chantier. Pour rejoindre la planque de Lio et Duvall, il faut ainsi éviter les trous, la terre, les grues et une armée de bétonnières. Entre gris clair et giclées de mortier, le ton de l’expédition se situe à l’opposé de l’affaire du jour : Lio canta Caymmi, une entreprise chaleureuse et passionnée qui voit notre ex-punkette nationale se frotter aux mélodies solaires de Dorival Caymmi.

Décédé à l’été 2008, l’homme est une légende. Au Brésil, son nom est vénéré par les plus grands. João Gilberto, Caetano Veloso ou Gilberto Gil, tous, ont en eux quelque chose de Caymmi. J’ai découvert son oeuvre par l’entremise d’une compilation, raconte Jacques Duvall. C’est une personnalité incontournable dans son pays, mais totalement inconnue ici. Quand j’étais ado, mon petit plaisir était de faire découvrir de nouvelles chansons aux copains. Aujourd’hui, avec les plateformes d’écoute en ligne, cette pratique est devenue désuète. D’autant que tout un pan de la culture rock est tombée dans le domaine public. Bob Dylan passe dans le métro, le Velvet Underground à l’aéroport.Pour assouvir son besoin de transmission, celui qui a donné ses mots aux Sparks, à Jane Birkin ou Étienne Daho se porte désormais au chevet du patrimoine culturel brésilien. C’est que Duvall entretient un amour de longue date avec le berceau de la caïpirinha. Fils d’un diplomate à Rio de Janeiro, il y a également arpenté quelques boîtes de nuit en compagnie de Lio. À l’époque, quand on dansait sur un morceau qui me plaisait, elle me traduisait les paroles. Dès lors, quand il se met en tête de revisiter le répertoire de Dorival Caymmi, le parolier songe d’emblée à contacter une brune. Du genre à ne pas compter pour des prunes. Je n’avais jamais entendu parler de ce chanteur, confie Lio. Mais dès que Jacques m’a fait écouter ses morceaux, j’ai réalisé que je les connaissais… Quand j’étais gamine, ma mère me fredonnait ces ritournelles pour m’endormir.

Séduite par la proposition du grand Jacques, la chanteuse pose sa voix érodée sur douze trésors légués par le maître. Pour la première fois de sa carrière, Lio enchante dans sa langue maternelle. Que ce soit au Brésil ou au Portugal, mon accent est exotique, affirme la native de Mangualde, surnommée Sardine Farouche chez les scouts. Du bout des lèvres, Lio fait voyager l’imaginaire, attaquant les versions originales avec une authenticité désarmante. Ici, c’est son cœur qui chante. Cette expérience me ramène à ce que je fais de mieux : la rythmique. Ma qualité de chant est émotionnelle. Quand j’étais jury à La Nouvelle Star, je m’efforçais d’expliquer mon point de vue aux candidats. Votre voix montre ses limites ? Pas de soucis, la mienne aussi. Pour interpréter une chanson populaire, la virtuosité n’est pas un élément déterminant. L’essentiel, c’est de partager des sentiments.

Lio sait de quoi elle parle. Homologué tube en or massif dès 1979, son Banana Split est un hymne connu de tous. Sans parler de son premier album, icône de la pop en français, à jamais gravé dans l’inconscient collectif noir-jaune-rouge. Quand ce succès est arrivé, nous n’étions pas préparés. On s’est souvent retrouvés face à des gens qui ne comprenaient pas qu’on puisse faire les choses sans penser au fric. Moi, il y a des trucs que je ne fais que pour l’argent. Les rétrospectives des années 1980, par exemple. J’associe ces activités à un boulot alimentaire. Au début, je pensais que ce serait temporaire. En réalité, c’est la face cachée de ma carrière, son côté série Z. Quand tu es N°1, tu joues à l’Olympia. Quand tu as été N°1, tu fais la foire à la saucisse. Ce n’est pas facile à accepter, mais c’est la réalité. À côté de ça, il y a d’autres envies, liées à la passion, à l’amour de la chanson : des initiatives qui ne rapportent pas un sou, mais qui font un bien fou.

Lio canta Caymmi témoigne parfaitement de cette philosophie. Avec sa pochette illustrée par Loustal, l’album ajoute aussi un chapitre à l’histoire de celle qui a trouvé son nom de scène dans les pages de la BD Barbarella, puis s’est dévoilée sous les coups de crayon de Guy Peellaert et Hugo Pratt. Secrètement, Lio rêve à présent de collaborer avec Enki Bilal. En attendant, elle incarne l’utopie brésilienne, chantant l’amour, la pêche et les bords de mer. Les doigts de pieds en éventail, on s’y croirait.

Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n°28 de Larsen est disponible dans divers dépôts.