Les vitrines de Francofaune : vivement la suite !

Ivan Tirtiaux
3 images
Ivan Tirtiaux - © John Sellekaers

La Maison de la création – centre culturel Bruxelles Nord – sur la place Emile Bockstael à Bruxelles, était en mars dernier le théâtre des auditions du Parcours Francofaune. Ce samedi 13 octobre, avant-dernier jour de festival, les artistes sélectionnés y présentaient le résultat de leur travail au terme d'un accompagnement en résidence. Ces "vitrines" du parcours Francofaune étaient fréquentées par un public varié : tout-venants et professionnels internationaux venus cueillir un bout de belgitude pour leur programmation.

Mais comment les artistes l'ont-ils vécu de l'intérieur ? Baïkonour, Tibidi et Ivan Tirtiaux en parlent.

Baïkonour

Baïkonour s'est choisi le nom d'une base de lancement russe. Tout en évoquant le lointain des étoiles, le mot porte une sonorité exotique et voyageuse qui leur va très bien. En trio de tête, ils inauguraient le "tremplin" avec une folk douce et entrainante. Au sein du groupe, créé en 2016, la composition et les textes sont amenés par Pierre André (guitare) avant d'être travaillés, en toute complicité, avec Gaspard Giersé (clavier) et Patricia Trejo (chant). La voix porte les saveurs latines de l'Andalousie, pleine d'un accent charmant (et charmeur !) qui fait onduler les mots.

Le rendu sur scène est élégant et visiblement joyeux. Les deux musiciens sont tout au service de la musique, et tout l'esprit de cette musique vit au centre de la scène, portée par la chanteuse solaire, interprète rayonnante, qui parait rien moins qu'être née pour la mélodie. L'exercice du jour, proposer un set de vingt minutes devant des programmateurs, est toujours délicat pour les artistes, et l'on a pu sentir Patricia Trejo un peu nerveuse et tendue au cours du premier morceau. Mais le plaisir et la confiance ont rapidement pris le dessus, partagés par l'assemblée.

Tibidi

Trois femmes brillantes et émouvantes se présentent sous le nom de Tibidi : Muriel Legrand, Julie Leyder et Ariane Rousseau chantent ensemble depuis plus de dix ans. On les connaissait pour leur talent dans l'interprétation du répertoire francophone, qui en sort à chaque fois sublimé. On est aussi séduits par leur présence, leur humour, et la justesse des harmonies qui fait fondre leurs voix en un son unique. Elles reviennent aujourd'hui avec le projet d'un nouvel album (à paraitre à l'automne 2019), et un répertoire élargi à leurs propres compositions. La féminité y est traitée avec prudence et douceur, mais aussi dans la gaieté et l'émotion. Sur scène, elles apparaissent avec beaucoup de naturel et trois personnalités marquées, qui se complètent : Ariane la pondérée, Julie l'espiègle, Muriel la comique.

La justesse et la rigueur sont de mise, diapason à l'oreille avant les titres a capella, et une évidente complicité nourrit le jeu de scène. En se dirigeant vers l'écriture, le projet a gagné en profondeur et en douceur. On y perçoit pour l'instant moins d'éclats de folie que par le passé, moins de bondissantes interprétations, mais c'est sans doute la contrepartie d'une recherche en gestation. La suite, dans quelques mois, sera à découvrir à travers de nouveaux morceaux encore au stade de l'écriture.

Ivan Tirtiaux

En 2014, Ivan Tirtiaux se déployait sur L'Envol, disque à la musicalité éblouissante et aux refrains obsédants. L'artiste, qui écume les scènes francophones depuis de nombreuses années, mais qui peine paradoxalement à asseoir une reconnaissance méritée, s'est frotté au jeu de la remise en question au sein du parcours Francofaune. L'expérience, qui aurait pu être douloureuse, s'est révélée pour lui pleine de plaisir, celui d'un recul vivifiant, surtout quand il est offert avec bienveillance et désir de construction. Parallèlement à ce travail, Ivan travaille à un nouveau disque, qui sera présenté le 25 avril prochain sur la scène mythique du Théâtre 140.

Il revient tendre et lunaire, avec une musique organique, en trio avec le complice Mathieu Verkaren (contrebasse) et le riant Nyllo Canela (percussions). Le public est invité dans un univers de roses et de cailloux, de routes et d'histoires à raconter. Le ton, le timbre chaud d'Ivan, ses mélodies, créent entre les spectateurs une union attentive. Son écriture s'affirme : légère et imagée, et son jeu de guitare reste celui qu'on connait, remarquable. Sur scène aussi, on sent que l'exercice a porté ses fruits. L'adresse au public est plus affirmée, la présence a gagné en plénitude. Pour cet artiste qui fait l'éloge de la lenteur, nul doute que le temps soit une valeur sûre.