L’interview indiscrète chez Plastic Bertrand (avant le confinement)

Légende vivante d’une Belgique surréaliste, Plastic Bertrand vient de finaliser son 10e album aux côtés du mélodiste Alec Mansion et du Telex Dan Lacksman, pionnier de l’électro européenne. Enregistré en français et en anglais, "L’Expérience Humaine" est une ode à l’humanité sur fond de synthés et d’ondes digitales. Concerné par l’état de la planète et son futur, Plastic Bertrand laisse "Ça plane pour moi" à Vampire Weekend et Metallica. Tandis que les reprises lui assurent la reconnaissance éternelle, le chanteur fait du tri chez lui. L’occasion d’évoquer ses plus belles trouvailles.

Une excellente cuvée

En 1982, une galerie bruxelloise a organisé une expo consacrée à Andy Warhol. Juste avant de débarquer en Belgique, ce dernier avait déclaré qu’il en profiterait pour rencontrer Jacques Brel – qui était décédé –, Tintin et… Plastic Bertrand. J’ai donc passé trois jours délirants avec lui. Nous n’avons pas fermé l’œil. C’était la fête 24h/24. Warhol avait un humour incroyable : il était odieux, méchant comme une teigne, mais toujours très drôle. À l’époque, je ne lui ai rien demandé. Pas une photo ni même une dédicace. Il faut se replacer dans le contexte : en 1982, je surfais sur le succès de "Ça plane" pour moi. J’allais d’entrevues improbables en rencontres extraordinaires. Au bout d’un temps, je m’y étais habitué. Tout me semblait normal. Si bien que, dans l’instant, je n’ai pas réalisé l’importance de ces trois jours passés avec Andy Warhol. L’image qui se trouve dans la bouteille a été prise par le Belge André Cromphout. Il était l’un des seuls photographes habilités à tirer le portrait de l’artiste américain. On retrouve ce cliché dans USA, "Ladies&Gentlemen", un superbe ouvrage enrichit par des textes de Henry Miller. Il existe 25 bouteilles comme celle-ci. Elles ont été créées autour du concept de "bouteille à la mer " : une réflexion sur l’art et ses perspectives d’avenir. La photo qui se trouve à l’intérieur est un tirage original, en argentique.

Une pièce d’or

À Bruxelles, mon monument préféré reste, de loin, l’Atomium. Une des boules porte le nom de Marcel Broodthaers. Il se trouve que je suis un fan absolu. J’ai toujours été attiré par la poésie, la peinture et les expressions graphiques. Le travail de Broodthaers se situe justement au carrefour de ces traditions. Après Magritte, il est l’artiste belge le plus important de tous les temps. J’ai couru le monde entier pour visiter ses expositions. De Moscou à New York en passant par Paris, où je me suis procuré cette pièce frappée à l’occasion d’une rétrospective qui lui a été consacrée à la Monnaie. Cet un objet que je ne quitte jamais. Je l’ai toujours sur moi. C’est un porte-bonheur qui, à chaque fois, me fait réfléchir sur le sens de ma démarche artistique. Car, à travers ses œuvres, Broodthaers interrogeait les fonctions et les finalités de l’art. Et puis, il se fait que j’ai croisé la route de Pierrette, une de ses filles, avec qui je collabore étroitement depuis près de 30 ans. À un moment, nous avons même ouvert une galerie d’art ensemble. J’avais mis ma carrière musicale entre parenthèses pour me consacrer à cette activité. Après cinq ans et beaucoup d’argent perdu, je suis revenu derrière le micro.

Un cadre photo

Après "Ça plane pour moi", j’ai connu un autre succès aux USA avec le titre "Stop ou encore". Partant de là, mon label a eu l’idée de sortir un nouveau disque : Face A, un remix de "Stop ou encore". Face B, le morceau "Cat People" de David Bowie. Pour en assurer la promo, je me suis promené pendant deux mois avec David Bowie aux États-Unis. C’était improbable. Bien plus tard, nous nous sommes revus au Montreux Jazz Festival. Les choses auraient pu en rester là. Mais l’année dernière, à l’occasion de mon anniversaire, j’ai reçu un ouvrage consacré à la carrière de David Bowie. C’est dans ce livre que j’ai découvert la photo de gauche. Je ne la connaissais pas. Pourtant, elle m’a tout de suite semblé familière… Depuis quelque temps, je participe à la tournée Stars 80. Pendant le spectacle, je reprends "Jean Genie" de David Bowie. Je porte une combinaison dorée, du maquillage et des plateformes boots. J’y vais à fond. Il y a deux ans, quelqu’un a pris une photo de moi dans les loges. Aidé par une habilleuse, je me change entre deux morceaux… En découvrant le cliché de David Bowie, j’ai donc fait le rapprochement : l’énergie, l’attitude, le stress, tout est là. À l’identique. Comme si ces images se répondaient.

(Une interview réalisée avant le confinement, depuis lors, Plastic Bertrand s’est exprimé sur le virus)

Larsen

Article extrait du n°37 de Larsen.

Larsen est le magazine de l’actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique, il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

Le n° 37 de Larsen est disponible gratuitement en ligne et dans divers dépôts.