L'album posthume de Rachid Taha est "à son image"

Rachid Taha est mort à 59 ans d'une crise cardiaque, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018.
Rachid Taha est mort à 59 ans d'une crise cardiaque, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018. - © THOMAS BREGARDIS / AFP

"C'est un très bel album, très personnel, à son image", confie à l'AFP Lyès, fils de Rachid Taha, à propos de "Je suis africain", disque qui sort ce vendredi 20 septembre, sur lequel son père travaillait quand il est décédé il y a un an. "J'ai supervisé la finition avec Toma Feterman (à la réalisation en studio, co-fondateur du groupe La Caravane Passe), pour que le projet ne tombe pas à l'eau", détaille Lyès, producteur et DJ. Rachid Taha est mort à 59 ans d'une crise cardiaque, dans la nuit du 11 au 12 septembre 2018, alors qu'il mettait la dernière main à cet album. "Tous les morceaux étaient prêts, avaient été validés, il n'y a eu aucune modification", ajoute son fils de 34 ans. "Mais l'ordre des chansons n'était pas défini, le 'réal' (Toma Feterman) y a une grande part, Toma a fait le meilleur choix dans le déroulement".

Le dernier morceau s'appelle... "Happy end". "Ça c'est clair, ça reste un 'happy end'. Mon père laisse une marque dans ce monde, avec tous ses albums passés mais aussi cet album posthume, car on n'est pas allés chercher des anciens enregistrements", insiste Lyès. Qui ne cache pas les instants douloureux quand les enceintes ont libéré en studio les derniers enregistrements de son père. "C'était très difficile, mais c'était très important, il fallait mettre la tête dans le guidon, pour finir l'album et puis pour le défendre en interview maintenant, je n'ai pas vraiment eu le choix, c'était une mission".

Et maintenant qu'elle est accomplie? "Je suis très fier de cet album, et aujourd'hui, l'album voit le jour et je ressens de la sérénité. Quelque part, on va aller de l'avant. Inconsciemment, ça permet de faire son deuil, oui." On y retrouve tout ce qu'aimait cette figure du rock français des années 1980 - qui avait repris avec son groupe Carte de Séjour "Douce France" de Charles Trénet - devenue la voix passionnée du raï et du chaâbi de son Algérie natale. Les guitares électriques, violons orientaux ou encore balafons, y trouvent tous leur place. "C'est un mélange de styles, très différents, avec plus de français que d'habitude", acquiesce Lyès.

Des jeux de mots

Sur "Andy Waloo", Taha senior fait défiler ses références, du rock US des années 1950-60 aux grandes divas du monde arabe : "Est-ce que tu connais Eddie Cochran ? / Est-ce que tu connais Oum Kalthoum ?" L'amour des textes gentiment canailles transparaît sur "Minouche" : "Je suis ton apache / Le reste on s'en fiche / A quoi bon le flash / Si personne ne triche". Et on l'écoute aussi jongler comme personne avec les mots : "Je me dévoile à vapeur / Je suis un triste-teaser", sur le bluesy "Striptease". "Il aimait beaucoup les jeux de mots, il faisait toujours des blagues avec ça, avec ses amis, ça lui ressemble", raconte son fils en souriant.

Son noctambule de père s'amuse aussi sur "Insomnia" à faire résonner des trompettes de mariachi et des sifflements à la façon des bandes originales des films de Sergio Leone. "C'est voulu, c'était un grand fan de westerns : les westerns spaghetti, il les regardait tous, ceux qui étaient un peu nases comme ceux qui étaient bien, comme 'Le Bon, la brute et le truand'", décrit Lyès. Les langues se mélangent allègrement, comme sur "Like a dervish": "This is my first song in english/Je sais que je triche". "Oui, il aimait bien aussi mélanger les langues et il n'avait pas un très bon anglais", réplique Taha junior. Parmi les morceaux qu'il préfère sur cet album, Lyès cite très vite celui qui lui donne son titre, "Je suis africain", car "le message est très beau, joyeux, c'est positif, le message c'est 'on est tous sur la même planète et on vient tous de l'Afrique'". "Africain de New-York au Congo/Dieu a la même peau", chante Rachid Taha.