Juicy - Pulpe Friction

Juicy
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Juicy - © Quentin Devillers

C’est fin mars que "Crumbs", leur deuxième EP, a été présenté en live avec Commander Spoon, Darrell Cole et Lefto. Et d’ici peu, le clip illustrant "See me now" pourrait décrocher un Music Video Award à Berlin. Les metteurs de main aux fesses ont intérêt à bien se tenir : revoilà Juicy, le projet (sic) qu’animent Julie Rens et Sasha Vovk. En se marrant. Et même parfois beaucoup ! 

 

Interview

Pourquoi deux EP ? vous auriez pu n’en sortir qu’un, puis prendre un peu de temps et revenir avec un album ?

Julie : C’était le plan. Or il se fait qu’on est toujours en autoproduction et un album comme on l’entend, donc avec vraiment beaucoup de choses, du visuel, des morceaux enregistrés avec des quatuors à cordes, tout ça n’était pas possible financièrement. Mais comme on écrit tout le temps et qu’on avait envie de proposer quelque chose de neuf, on s’est dit qu’on allait sortir un deuxième EP en attendant l’album.

Sasha : On aurait pu se dire tant pis, on fait un album fin 2019 ou 2020, mais on n’a pas envie d’attendre, on a envie de proposer, d’encore jouer cet été. On a toujours envie de montrer qu’on est là !

Et donc, voilà "Crumbs". "Les miettes", en anglais…

S. : Des miettes, des petits morceaux… Les cinq titres correspondent à cinq personnages fictifs, qui parlent. Ce sont des personnes un peu blessées, détruites, qui…

J. : … qui luttent contre des sortes de pulsions. Que ce soit sur un album ou un EP, on rêve de pouvoir raconter une histoire du début à la fin. Que l’ordre des morceaux et la manière dont ils ont été écrits soient importants, qu’il y ait des visuels, quasiment comme des petits courts-métrages liés entre 
eux. C’est quelque chose qu’on a vraiment envie de travailler. À part qu’il nous manque des moyens importants…

S. : Ça demande énormément de moyens et de temps. Si tu veux faire partie du game, tu dois aller un peu vite, être là : c’est comme ça, ce bizness !

J. : Surtout aujourd’hui ! On en a conscience, et d’un autre côté, on lutte contre ce truc-là parce que justement, on a envie de proposer quelque chose de très complet. C’est compliqué de trouver le juste milieu et de ne pas se perdre. Mais on est très contentes de cet EP, on le trouve beau, bien fait, et comme sur le premier, il y a une idée de thématique qui est explorée…

L’unité thématique entre les textes, les visuels, les clips, c’est le plus important ?

J. : Oui, c’est très important que tout ça se réponde. Ou même que ça donne une autre grille de lecture. Par exemple, le dernier morceau de l’EP (I wanna, yes, I wanna - ndlr) parle d’une nymphomane maladive mais on a envie de travailler des visuels complètement différents, pour donner une autre grille de lecture du texte.

On sait comment vous maniez l’humour, mais l’orientation serait-elle plus sérieuse, ici ?

J. : C’est la même chose que sur le premier EP : on choisit des sujets très sérieux, des sujets de vie, et on les aborde avec humour. Après, effectivement, il faut vraiment lire parce qu’il y a plein de petites blagues alors que le premier clip (pour See me now - ndlr) est effectivement moins porté sur la dérision qu’auparavant. Mais les autres visuels qui vont arriver ne sont pas forcément pareils à celui-là.

Vous vous êtes déjà demandé ce que les gens aiment chez vous ?

J. : On pense qu’on les fait bien rigoler quand même. On a un peu l’air de deux gogoles qui courent partout (elles éclatent de rire - ndlr) !

S. : C’est peut-être ça qui plaît beaucoup aux gens, l’énergie.

J. : L’énergie et… Allez, c’est quoi le mot ? La complicité ! Voilà, la complicité qu’on a, et qui du coup nous donne un champ de possibilités insoupçonnées. On est toutes les deux musiciennes depuis longtemps, on a eu beaucoup de projets, on continue à chanter dans d’autres projets, mais le fait d’être à deux dans celui-ci nous offre des choses qu’on ne pourrait pas faire toutes seules..

À deux sur scène, avec des claviers : c’est quelque chose dont on risque de vite faire le tour ?

J. : Non, parce que c’est vraiment un travail de…

S. : … précision, énorme !

J. : Infini ! Et surtout, dès que quelque chose est acquis, on a envie de rajouter des trucs. C’est chouette d’avoir ça comme base et puis, pour une date particulière, de faire un truc avec d’autres musiciens, de jazz, ou là, comme on le fait, avec un quatuor à cordes et des flûtes.

S. : On explique souvent qu’avec la musique qu’on fait et qu’on a créée pour ce projet, on a besoin de la jouer. On ne pourrait pas être là en devant de scène avec un ordinateur qui tourne, ça ne fait pas partie de ce qu’on a envie de faire et de défendre. On ne se prétend pas non plus rappeuses, pas du tout. On a besoin de montrer aux gens qu’on est des chanteuses mais aussi des musiciennes. On essaie de faire une espèce de gros mashup de tout ce qu’on a comme compétences.

L’an dernier, après couleur café, le journaliste du Morgen disait avoir aimé votre côté foufou en même temps que vos chouettes messages jamais balancés dans un style prêchi-prêcha. Courir comme des gogoles et dire des choses : vous dosez ça comment ?

J. : Ça dépend des contextes. On a un morceau qu’on dédicace à Theo Franken : c’est clair que quand on a joué à Leuven ou dans les fiefs de Bart De Wever, on le disait. Après, on savait très bien que ça allait foutre une ambiance particulière et que des gens sortiraient de la salle, mais c’est à ça que ça sert ! Si pour nous c’est important d’avoir des messages forts, il faut que ça puisse déranger. On aimerait parfois dire plus, mais aborder les sujets de la bonne manière peut être compliqué. Sinon, on essaie de garder un truc assez spontané, je pense que c’est ce qu’il faut.

Vous avez été un peu sorcières, précédemment… aujourd’hui, vous vous en prendriez urgemment à quoi ? À qui ?

J. : S’en prendre, ce n’est pas le bon terme, mais… Plutôt aux gens, à leur esprit critique et leur manière de vivre, leur citoyenneté, leur implication dans le monde dans lequel on vit. Ce serait plutôt essayer de les réveiller. Les pousser à écouter, à lire, à comprendre un peu plus, avec un angle d’attaque un peu plus large. Parce que si ça marche, alors beaucoup de choses sont possibles.

Prochaines dates

Juicy sera le 22 juin à la Place Lehon à Schaerbeek, et le 23 juin au Cinquantenaire à Bruxelles pour la Fête de la musique.

Le 14 juillet, elles seront à Dour et le 18 juillet aux Francos à Spa.

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Larsen est le magazine de l'actualité musicale en Fédération Wallonie-Bruxelles. Édité par le Conseil de la Musique , il touche à tous les styles, du classique au contemporain en passant par le jazz, l’électro, le rock ou la chanson.

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