Ebbène, en français dans le texte

Ebbène, en français dans le texte
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Nourri de rock indé anglo-saxon à l’adolescence, Ben Bailleux-Beynon a éclairé pendant plus de dix années notre scène nationale avec sa pop incandescente. Sous le pseudo Ebbène, il revient dans sa langue maternelle et sous le mode folk singer pour dévoiler une autre facette de sa personnalité.

Tout le monde ne fait rien comme personne. Tout le monde dit : Cette fois, c’est la bonne. Gagner juste une fois, pour voir l’effet que ça fait.

Voilà comment débute Barcelone, ballade folk envoûtante d’Ebbène où il est d’ailleurs très peu question de la cité catalane. Ne faire rien comme personne… Une réflexion en forme de déclaration de foi pour l’auteur, compositeur et interprète qui se cache sous ce pseudo, synonyme évident d’une volonté d’anonymat. Nous n’avons toutefois pas le sentiment de le trahir en révélant que derrière ce faux groupe et vrai projet artistique, se cache Ben Bailleux-Beynon, graine de talent qui ne cesse de se réinventer.

Après un parcours remarqué dans les sphères d’une pop noir-jaune-rouge conçue dans la langue des Beatles (The Tellers, Paon), le garçon décide d’écrire dans sa langue maternelle et de privilégier une approche organique. Gamin, lorsque j’ai pris une guitare dans les mains, mes premières chansons étaient en français, mais je suis passé très vite à l’anglais car cela correspondait aux albums que j’écoutais. Après l’aventure Paon, j’ai voulu me lancer dans un projet plus intimiste et le français s’est imposé. Autant je n’éprouvais aucune difficulté à écrire en anglais, autant les chansons d’Ebbène m’ont pris du temps. En anglais, tu choisis les mots ou les formules en fonction de leurs sonorités. En français, tu t’exposes davantage, tu ne peux pas te cacher. Tu dois faire gaffe à ce que chaque mot soit à sa place sinon toute la chanson perd de son sens. Les chansons d’Ebbène explorent ce que j’ai ressenti ces dernières années au plus profond de moi. Je ne me voyais pas les proposer à un groupe. C’est moi qui devais les porter, les assumer… Même si poétiquement c’est le foutoir et que je n’ai aucun message à faire véhiculer, elles signifient beaucoup pour moi.

Voici deux ans, Ben envoie les premières maquettes à Nicolas Quéré, ingénieur du son et producteur qui gère les studios La Frette-sur-Seine, dans la banlieue parisienne. La Frette est un havre de paix bien connu des artistes belges. Saule, Girls In Hawaii, Dan San et… The Tellers n’en gardent que de bons souvenirs. Nico m’a dit : Viens quand tu veux. Et surtout garde le choix du français pour t’exprimer. Sa réponse rapide et enthousiaste m’a mis en confiance. Avec Nicolas, nous avons gardé l’esprit brut et dépouillé des premières démos. Guitare, banjo, piano, un peu de claviers, pas de batterie. Hormis une chanson plus orchestrée qui s’intitule Nuit Américaine, ça reste très épuré.

Usant des métaphores aquatiques (la mer, l’eau, l’océan) pour explorer les méandres des relations humaines, les chansons d’Ebbène ont été présentées pour la première fois en public l’automne dernier. Un showcase acoustique en Corse, au Fly Away Festival, donné à l’heure de l’apéro, une date au Salon de Silly en première partie de Noa Moon, une autre à la caserne Fonck à Liège. D’autres concerts vont suivre cet été. L’album, lui, est en route. Mais je ne me mets aucune pression, Je veux prendre mon temps… En concert, Ben est épaulé par Jérôme Magnée (Dan San, Yew, …), autre figure bien connue de notre paysage musical. On se connaît bien. Sur scène, il assure les parties de claviers, la basse, la guitare, les choeurs. C’est un peu l’homme-orchestre d’Ebbène. En plus, il est très chanson française. De mon côté, je dois avouer que j’ai peu de références. Mes parents écoutaient Brassens et Maxime Le Forestier. Je sais que ça fait ringard mais j’aime bien. Les premières personnes qui ont écouté mes chansons me parlent de Christophe, de Raphael, voire d’Aubert. Je connais un peu Téléphone, c’est tout. 

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