Damien Saez, "Ni dieu ni maître" mais "un contrat moral"

Damien Saez a sorti son dernier album, "Ni dieu ni maître", le vendredi 22 novembre 2019.
Damien Saez a sorti son dernier album, "Ni dieu ni maître", le vendredi 22 novembre 2019. - © XAVIER LEOTY / AFP

Rare dans les médias, peu enclin à la "promo" au nom d'un "contrat moral" avec son public fidèle, Damien Saez enchaîne les concerts et peaufine en "artisan" ses albums, comme "Ni dieu ni maître" qui est paru récemment. Le chanteur à l'image d'écorché du rock est en pleine tournée marathon, passant par les Zenith, puis Bercy le 3 décembre, avant un retour en province et un crochet par la Belgique.

Il y a 20 ans, il a consciencieusement refusé les ponts d'or après son hit "Jeune et con". Et n'a jamais dévié. "C'est presque un contrat moral, ce truc de se dire 'putain il y a un mec qui pourrait faire les JT, faire de la pub et en fait il s'inflige une espèce de droiture, de chemin, qui fait que ses mots ne sont jamais entachés', explique-t-il. Ses fans, qui ont vieilli avec lui – "et des jeunes aussi" , sont au rendez-vous. Ce qui lui fait "du bien, c'est de voir que des mots les touchent". "Quand un apprenti vient me voir et dit 'j'écoute tes chansons et ça m'aide tous les jours', c'est ça qui compte", souffle le quadragénaire, entre deux cigarettes.

 

Presque comme dans le jazz

"Moi, j'en ai rien à foutre d'être aimé, en revanche, continuer à payer les musiciens (qui l'accompagnent en tournée, ndlr) comme il y a 20 ans, ça j'en ai quelque chose à foutre", rebondit-il. "Le streaming avec 1 million d'écoutes, qui rapporte 6000 euros, soit 10 % pour l'artiste, 600 euros : ça va pas", s'agace-t-il. En riposte, il propose sa propre plateforme. Le week-end du premier anniversaire du mouvement des "gilets jaunes", sept titres ont été postés, en dehors de toute logique commerciale. "On livre (des albums, parfois triples ou quadruples, ndlr), on fait des concerts moins chers, comme une création de la maison de l'artiste, sans intermédiaire et sans pub", développe-t-il calmement, lunettes de vue sur le nez.

Il tourne avec une "bande qui est bien", dans laquelle on repère notamment Daniel Jamet, ancien guitariste de la Mano Negra. Avec Saez, c'est une promesse d'inattendu, car "dans une époque ou tout est aseptisé", son gang fonctionne "presque comme dans le jazz". Le format des chansons peut ainsi varier à l'improviste, "au mot et au geste". "C'est plus éprouvant" pour son groupe, mais "quand ça marche, t'as une magie que tu ne va pas avoir ailleurs..."

 

Revenir à l'intime

Celui qui vit en dehors des réseaux sociaux – "quand la discussion de bar devient une vérité, ça vire psychotique" – tique un peu devant les smartphones brandis pour le filmer en concert. "Ils me disent 'on te fait de la pub'... ben non, plus ce n'est pas mieux et on fait déjà des Zenith", expose-t-il. "Est-ce que t'interdis les téléphones? s'interroge-t-il. Moi, ça ne me va pas, je suis pas là pour faire le flic, mais dire aux gens, expliquer, que l'intime ça existe, sinon tu auras en mémoire le fait que t'as filmé, pas ce que tu auras vécu".

Artiste à fleur de peau, souvent clivant, il concède ne pas "s'autocensurer", quitte à flirter parfois avec un certain jusqu'au-boutisme dans ses textes. Ses chansons actuelles reflètent ce "moment très très noir", entre les attentats de 2015 et un climat social électrique. Mais on aurait tort de le réduire à des propos abrasifs embrassant la colère des laissés pour compte. La poésie n'est jamais loin de celui qui chantait "Mon amour est parti, elle a jeté mon âme à bouffer au néant, me laissant le cœur vide". "Il y a une énorme envie chez moi de revenir à quelque chose de plus intime. C'est quand c'est plus intime que ça devient le plus universel".