Vincent Engel, une filière en création littéraire très accaparante

2 images
- © rtbf

Il y a quelques années, Vincent Engel a tenté de créer une filière de création littéraire en Romanes à Louvain-la-Neuve. Faute de moyen, cette dernière a disparu depuis. Nous l'avons rencontré  pour qu'il nous parle de cette expérience qui a duré deux ans.

Quand le directeur de département a demandé à Vincent Engel de créer cette filière, l'écrivain est dans un premier temps parti à Québec pour voir comment ils faisaient de l'autre côté de l'Atlantique. Peu convaincu par ce qu'il avait vu, il développe alors un projet essentiellement centré sur la réappropriation culturelle :  "Je pense que le gros problème des jeunes écrivains, c'est qu'ils se lancent dans l'écriture sans grande connaissance du bagage culturel qu'ils possèdent et du coup, pensent être original alors que souvent, ils ne font que reprendre des choses qui sont là et qu'ils ne maîtrisent pas spécialement bien. Je voulais qu'à côté de la technique qu'on pouvait leur donner, ils fassent un travail de recherche sur une figure littéraire ou un mythe, qu'ils l'approfondissent dans tous les arts, dans son évolution et qu'ils fassent une réécriture originale. Ce qui permettait aussi d'éviter le texte nombriliste qui est très souvent inintéressant".

Pour Vincent Engel, l'écrivain doit apprendre à s'éloigner de lui-même : "Le  gros problème quand on essaye d'apprendre la littérature, c'est qu'on touche à quelque chose de très intime et les gens qui écrivent ont beaucoup de mal à accepter les remarques sur leur travail. On a souvent comme remarque "C'est comme ça que ça s'est passé, c'est comme ça que je l'ai ressenti". Il faut être capable de dire aux gens  "On s'en fout". Ce qui compte, c'est la manière dont les autres le perçoivent. S'il n'y a pas d'émotion, si ce n'est pas passé, s'il n'y a pas d'adhésion du lecteur, c'est raté. C'est difficile d'apprendre aux gens à ne pas considérer les remarques que l'on peut faire sur leur texte comme des attaques personnelles. On ne parle pas de la personne, on parle de son texte".

Un texte qui fonctionne

"Je ne cherchais pas à les faire écrire tous, la même chose mais ça devait fonctionner" poursuit-il, "Si le lecteur ne s'approprie pas l'univers qui lui est présenté, il ne va pas plus loin que la deuxième page. Je peux ne pas aimer mais je peux constater que c'est efficace. Pancol, je n'aime pas mais c'est efficace. Je ne vais pas dire que les 500.000 personnes qui achètent le livre sont des abrutis. Ça fonctionne bien, c'est bien foutu. Je reconnais le travail d'écrivain".

Dire  tout le temps que c'est génial induit l'idée qu'il n'y a pas de travail à fournir


Quand on lui parle des ateliers d'écriture qui pullulent un peu partout, il se montre réservé : "On est à une époque où quoique les gens fassent, on leur dise que c'est génial. Dire tout le temps que c'est génial, ça met aussi les gens dans l'idée qu'ils n'ont pas de travail à fournir, qu'ils sont naturellement géniaux. Il faut savoir trouver l'équilibre entre les deux. Il faut être dans un processus d'apprentissage. La louange comme la dénégation ne sont pas très constructives".

Pas favorable non plus quand on évoque une des pratiques courantes des ateliers d'écriture, à savoir la lecture par chacun de son texte devant tous les participants. Surtout si celle-ci n'est pas accompagnée de  remarques : "Il faut éviter d'être dans quelque chose de ronronnant.  Il faut savoir faire des remarques constructives sinon ça a un côté "réunion des alcooliques anonymes". Il faut faire des remarques qui profitent à tout le monde. Les défauts d'écriture peuvent intéresser tout le monde. Finalement, on apprend plus par les faiblesses que par les forces. Sinon, il suffirait de dire aux gens de lire Proust, Flaubert et ça suffirait. Il faut mettre les doigts sur les clichés, sur les erreurs de construction, ce qui ne sert à rien. Ça c'est utile".

Une expérience en demi teinte

Quel bilan retirer alors de cette expérience de deux ans ?  "La première année, je suis tombé sur un groupe d'étudiants très bons mais la deuxième année, c'était beaucoup plus laborieux. Écrire les petits textes, ça allait mais il leur manquait ce qui permet de devenir écrivain, de passer à un texte plus long, d'avoir un imaginaire, un sens de la narration. Si je devais aller dans une académie de dessin, même après 50 ans, je serais toujours aussi mauvais. Pour moi, ça devenait vraiment difficile de devoir travailler, corriger des textes assez faibles ou standards. Ça ne m'amusait plus du tout".

Une meilleure compréhension aussi du fait qu'il n'y a pas de grands écrivains francophones qui donnent des cours d'écriture : "Ça ne les intéresse pas, ça prend un temps fou, ça ne rapporte pas grand-chose, c'est très accaparant.  Vous pouvez tomber sur des étudiants très accaparants. Ça m'est arrivé une fois ou deux, c'est d'ailleurs pour ça que je ne l'ai fait qu'à l'université, dans un cadre très précis où je peux aussi me protéger derrière mon statut de professeur. Quand vous êtes en dehors, vous pouvez tomber sur des vraies sangsues qui peuvent vous envahir psychologiquement. C'est très difficile de gérer ça".

Isabelle Franchimont

Crédit photo RTBF

Quand le directeur de département a demandé à Vincent Engel de créer cette filière, l'écrivain est dans un premier temps parti à Québec pour voir comment ils faisaient de l'autre côté de l'Atlantique. Peu convaincu par ce qu'il avait vu, il développe alors un projet essentiellement centré sur la réappropriation culturelle :  "Je pense que le gros problème des jeunes écrivains, c'est qu'ils se lancent dans l'écriture sans grande connaissance du bagage culturel qu'ils possèdent et du coup, pensent être original alors que souvent, ils ne font que reprendre des choses qui sont là et qu'ils ne maîtrisent pas spécialement bien. Je voulais qu'à côté de la technique qu'on pouvait leur donner, ils fassent un travail de recherche sur une figure littéraire ou un mythe, qu'ils l'approfondissent dans tous les arts, dans son évolution et qu'ils fassent une réécriture originale. Ce qui permettait aussi d'éviter le texte nombriliste qui est très souvent inintéressant".

Pour Vincent Engel, l'écrivain doit apprendre à s'éloigner de lui-même : "Le  gros problème quand on essaye d'apprendre la littérature, c'est qu'on touche à quelque chose de très intime et les gens qui écrivent ont beaucoup de mal à accepter les remarques sur leur travail. On a souvent comme remarque "C'est comme ça que ça s'est passé, c'est comme ça que je l'ai ressenti". Il faut être capable de dire aux gens  "On s'en fout". Ce qui compte, c'est la manière dont les autres le perçoivent. S'il n'y a pas d'émotion, si ce n'est pas passé, s'il n'y a pas d'adhésion du lecteur, c'est raté. C'est difficile d'apprendre aux gens à ne pas considérer les remarques que l'on peut faire sur leur texte comme des attaques personnelles. On ne parle pas de la personne, on parle de son texte".

Un texte qui fonctionne

"Je ne cherchais pas à les faire écrire tous, la même chose mais ça devait fonctionner" poursuit-il, "Si le lecteur ne s'approprie pas l'univers qui lui est présenté, il ne va pas plus loin que la deuxième page. Je peux ne pas aimer mais je peux constater que c'est efficace. Pancol, je n'aime pas mais c'est efficace. Je ne vais pas dire que les 500.000 personnes qui achètent le livre sont des abrutis. Ça fonctionne bien, c'est bien foutu. Je reconnais le travail d'écrivain".

Dire  tout le temps que c'est génial induit l'idée qu'il n'y a pas de travail à fournir


Quand on lui parle des ateliers d'écriture qui pullulent un peu partout, il se montre réservé : "On est à une époque où quoique les gens fassent, on leur dise que c'est génial. Dire tout le temps que c'est génial, ça met aussi les gens dans l'idée qu'ils n'ont pas de travail à fournir, qu'ils sont naturellement géniaux. Il faut savoir trouver l'équilibre entre les deux. Il faut être dans un processus d'apprentissage. La louange comme la dénégation ne sont pas très constructives".

Pas favorable non plus quand on évoque une des pratiques courantes des ateliers d'écriture, à savoir la lecture par chacun de son texte devant tous les participants. Surtout si celle-ci n'est pas accompagnée de  remarques : "Il faut éviter d'être dans quelque chose de ronronnant.  Il faut savoir faire des remarques constructives sinon ça a un côté "réunion des alcooliques anonymes". Il faut faire des remarques qui profitent à tout le monde. Les défauts d'écriture peuvent intéresser tout le monde. Finalement, on apprend plus par les faiblesses que par les forces. Sinon, il suffirait de dire aux gens de lire Proust, Flaubert et ça suffirait. Il faut mettre les doigts sur les clichés, sur les erreurs de construction, ce qui ne sert à rien. Ça c'est utile".

Une expérience en demi teinte

Quel bilan retirer alors de cette expérience de deux ans ?  "La première année, je suis tombé sur un groupe d'étudiants très bons mais la deuxième année, c'était beaucoup plus laborieux. Écrire les petits textes, ça allait mais il le