Une rentrée littéraire étrangère sombre et exaltante

Une guerre civile aux États-Unis, un attentat à Rome, un espion communiste vietnamien en Californie, un train d'enfer dans l'Amérique ségrégationniste, une plongée jusqu'à l'ivresse dans Istanbul... La rentrée littéraire dans le domaine étranger est à la fois sombre et exaltante.

Selon les données du magazine spécialisé Livres Hebdo, 191 romans non francophones sont attendus en librairie d'ici la fin octobre.

La littérature anglophone, notamment américaine, domine cette rentrée avec des romans audacieux et souvent primés dans leur pays.

 

Fabuleux premier roman, "Le sympathisant" (Belfond), de l'Américain d'origine vietnamienne Viet Thanh Nguyen, peut se lire comme le grand roman sur la guerre du Vietnam vue du côté vietnamien. Récompensé aux Etats-Unis en 2016 par le prix Pulitzer, ce premier roman semble l'oeuvre d'un écrivain chevronné tant son style, mélangeant allègrement les genres (espionnage, confession et même théâtre) s'approche de la perfection.
Capitaine dans l'armée sud-vietnamienne, alliée des Américains, le narrateur, fils d'un prêtre catholique français et d'une Vietnamienne, est en fait un agent double au service des communistes nord-vietnamiens. Ces identités multiples, cette déchirure, sont évidemment au coeur du roman.

'Le vrai visage de l'Amérique'

Autre roman américain sidérant "Underground Railroad" (Albin Michel) de Colson Whitehead a remporté le Pulitzer et le National Book Award cette année.
Ce livre magistral sur l'esclavage aux États-Unis raconte l'histoire du réseau clandestin d'aide aux esclaves en fuite connu sous le nom d'Underground Railroad. Ce réseau a existé. Mais si tout est vrai dans le roman de Colson Whitehead, tout est faux également.
Le romancier, âgé de 48 ans, imagine une véritable voie ferrée souterraine (évidemment inexistante dans la réalité) transportant les esclaves évadés du Sud au Nord. On suit Cora, 16 ans, esclave dans une plantation de coton de Georgie. Elle prend le train vers la liberté. "Regardez au dehors quand vous filerez à toute allure, vous verrez le vrai visage de l'Amérique", lui lance le conducteur lorsqu'elle monte à bord. Regarder au dehors sous terre ? L'obéissante Cora suivra cette injonction et ne verra que des ténèbres.

Cette blessure américaine cicatrisera-t-elle jamais ? L'Américain d'origine égyptienne Omar el Akkad imagine une seconde guerre de Sécession à la fin du XXIe siècle dans l'hallucinant "American War" (Flammarion).

Dans ce tourbillon des lettres américaines, on ne manquera pas "Je m'appelle Lucy Barton" (Fayard) d'Elizabeth Strout (une autre lauréate du Pulitzer), "Les fantômes du vieux pays" (Gallimard) extraordinaire premier roman de Nathan Hill tout comme "Demain sans toi" (Grasset) de Baird Harper ou encore "Par le vent pleuré" (Seuil) de Ron Rash.

Révolution à bout de souffle

Du côté des géants, on trouvera en librairie "Zéro K" (Actes Sud) de Don DeLillo et, en octobre, "Paysage perdu" (Philippe Rey) de Joyce Carol Oates. L'autre éternel américain nobélisable, Philip Roth, sort en Pleiade le 5 octobre.

On ne quitte pas le continent américain avec "Le corps des ruines" (Seuil) du Colombien Juan Gabriel Vasquez, un ambitieux roman sur la violence en Colombie, et "Un dimanche de révolution" (Buchet/Chastel) de la Cubaine Wendy Guerra, puissant roman sur une révolution à bout de souffle.

Le grand écrivain turc, Orhan Pamuk nous offre avec "Cette chose étrange en moi" (Gallimard) un de ses plus beaux romans sur sa ville magique d'Istanbul. Pour compléter cette lecture, Gallimard réédite son livre "Istanbul souvenir d'une ville" enrichi de plus de 400 photos.

Du côté italien, il faut absolument lire "La féroce" (Flammarion) de Nicola Lagioia, récompensé en Italie par le prestigieux prix Strega, sans oublier "Là où l'histoire se termine" (Liana Levi) d'Alessandro Piperno, qui nous montre que Rome ne vit plus au temps de la Dolce Vita.

Du côté européen encore, le Norvégien Karl Ove Knausgaard publie "Aux confins du monde" (Denoël), quatrième volet de son impressionnante fresque autobiographique. Fascinant récit de guerre, "La première pierre" (Phébus) du Danois Carsten Jensen nous entraine sur les pas de jeunes soldats danois en Afghanistan.

Le grand écrivain autrichien Christoph Ransmayr nous emmène dans la Chine du XVIIIe siècle avec "Cox ou la course du temps" (Albin Michel) et l'écrivain néerlandais A.L. Snijders livre dans "N'écrire pour personne" (L'Observatoire) de très courtes histoires sur son pays qui vont à l'essentiel dans un style d'une infinie délicatesse.