Une légende égyptienne à l'origine de l'expression "verser des larmes de crocodiles"

Quand un enfant fait semblant de pleurer pour obtenir quelque chose, on dit souvent que ce sont des "larmes de crocodiles". Mais d’où cette expression peut-elle bien venir ? Y a-t-il un lien avec ces animaux recouverts d’écailles ?

Présente dans toutes les langues de l’Europe occidentale ("Lagrime di coccodrillo", en italien ; "lagrimas de cocodrilo", en espagnol et en portugais ; "krokodil tränen", en allemand ; "krokodille traanen", en hollandais ; "crocodile tears", en anglais), l’expression "verser des larmes de crocodiles" viendrait, à la base, d’une légende d’Egypte antique.

La légende raconte…

Avant de prendre sa formulation actuelle au XVIe siècle, l’expression s'est d’abord construite sur une légende égyptienne. Celle-ci fait référence aux crocodiles comme des êtres fourbes, gémissant et larmoyant lorsque quelqu’un passe près d’eux. Considérés comme sacrés chez les Egyptiens, les crocodiles profitaient en fait de la compassion de leurs victimes pour mieux les dévorer ensuite. 

De l’Egypte en Europe

C’est pendant la domination romaine en Méditerranée que les Romains ramènent cette légende en Europe. À la Renaissance, l’expression prit la forme qu'on connaît tous aujourd'hui. 

D’autres sources racontent que l’expression a été amenée par le célèbre explorateur Jean de Mandeville. Dans son célèbre "Livre des merveilles du monde" (1355-1357), il raconte sa rencontre avec les crocodiles d'Egypte :

"En Afrique, au pays des Egyptians, proche la seconde cataracte du Nil, habitent, parmi les roseaux, d’énormes lézards de trois toises et plus de longueur, de figures difformes et de mœurs sanguinaires, dont le seul métier est, quand ils ne dorment pas étendus au soleil sur la vase chaude, de guetter les hommes et les animaux qui se hasardent sur les bords du fleuve, pour s’en saisir et les dévorer."
"Nonobstant leur aspect farouche, leur voracité insatiable, et la dureté telle de leurs écailles que point ne sauroit la percer un robuste archer de son vireton le plus aigu, ces animaux féroces sont pourvus d’une sensibilité exquise ; à ce point que souventes fois les ai moi-même ouys geignants ou se lamentants es rozeaux, poussants des sanglots qui semblent mugissement de bœufs, et versants, ainsi qu’il m’a été assuré, larmes qui jaillissent du pertuis de leurs yeux, comme de pommes d’arrosoirs."