"Suivre les fesses de près pour comprendre où va le monde", un conseil de J-Cl Kaufmann

Jean-Claude Kaufmann
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Jean-Claude Kaufmann - © Hanoteau

Jean-Claude Kaufmann, sociologue, chercheur au CNRS et décrypteur de comportements publie chez JCLattès, "La guerre des fesses", minceur, rondeurs et beauté.

En guise d’ouverture, Jean-Claude Kaufmann nous conseille de suivre les fesses de très près, pour comprendre où va le monde. Le mot guerre dans le titre, peut paraître un peu violent, mais l’auteur l’explique par deux éléments. Il y a d’abord une guerre des femmes contre leur propre corps et en particulier contre le mi-temps arrière de leur personne, dit l’auteur. Trop de fesse d’un côté, et depuis peu, pas assez de l’autre, d’où ces nouvelles opérations pour satisfaire à cette mode qui veut que l’on ait les fesses de Beyoncé ou de Rihanna, les nouveaux modèles des ados.

Rencontre avec Jean-Claude Kaufmann

 

Le mot guerre dans le titre, et sa une connotation un peu sanglante, ce n’est pas par hasard ?

Une opération par laquelle des milliers de femmes passent tous les jours à travers le monde, n’est pas anodine, le bistouri est dans la main du médecin, reconnu souvent mais pas toujours. Il existe des salles d’opération clandestines où l’on risque sa vie.

 

Dans la foulée, c'est un nouveau concept touristique qui est apparu ?

Oui, avion, hôtel et chirurgie des fesses. On le trouve au Brésil et dans toute l'Amérique du sud, où le modèle de l’hyper minceur continue à se développer, alors qu’au nord on est plus nuancé, et on satisfait cette demande de rondeurs. Jusqu'à il y a peu, il s'agissait de réduire les fesses, la liposuccion est pratiquée en masse, parce que trop de hanche, trop de fesse, trop de culotte de cheval... Mais de plus en plus il y a la pensée contraire, qui se développe chez les très jeunes, dans les pays européens. Et je pense que le moment est propice pour s'interroger sur les normes de la beauté.

 

Les rondeurs c'est aussi depuis très longtemps, ce qui différencie les classes sociales ?

oui, avec une évolution au fil de l’histoire. A la fin du 19ème siècle, rondeur était synonyme de richesse. Seuls les riches mangeaient à leur faim. On exhibait son signe extérieur de richesse et le comportement idéal consistait à stocker dans les greniers, mais aussi dans son corps. Et petit à petit les choses s’inversent, la mode de la minceur s’installe et on contrôle ce que l’on mange pour devenir mince. Milieu du 20ème siècle, dans les milieux moins aisés où l’on craint des lendemains moins enchanteurs, on oblige les enfants à terminer leur assiette, même s’ils n’ont plus faim. Alors que de l’autre côté on apprend à résister à cette surabondance. Quand on traverse la ville, cela sent les frites, le chocolat il y en a pour tous les goûts, et il s’agit de résister. Lutter contre cette obésité qui rime avec mal-bouffe et souvent pauvreté.

 

Vous allez plus loin,en prétendant que certaines femmes ont plus de chance que d’autres, de trouver de l’emploi, de réussir leurs examens, et d’avoir un meilleur salaire ?

Oui c'est terrifiant mais réaliste, ce code de l’hyper minceur est devenu un opérateur de tri social. Plus on se rapproche de la minceur, plus on gagne de bons points dans tous les domaines. Il y a une forte discrimination à l’embauche, et même dans les notes à l’école, ce qui est complètement délirant. Alors on va être tenté par un régime qui ne peut être que bénéfique pour la santé, lorsque l’on est légèrement en surpoids. Mais le problème c’est que les femmes qui font le plus de régimes, sont celles qui ne sont pas en surpoids et qui sont tentées de gagner toujours plus de bons points. Et là la machine s’emballe et devient incontrôlable.

 

Les fesses n’ont pas existé pendant très longtemps dans notre culture occidentale chrétienne, on a mis en valeur les seins et la taille, et on a caché le postérieur ?

oui, depuis très longtemps nos fesses nous mettent mal à l’aise. Parce qu’elles évoquent la sexualité peut-être et même une sexualité transgressive. Pour leurs fonctions aussi, mais c’est très occidental, au Japon il y avait un culte des fesses, plutôt masculin d’ailleurs, au Brésil c’est une arme de séduction. Et aujourd’hui alors que les nouvelles stars agitent leurs fesses avec fierté, ça peut paraître encore choquant pour certain.

Christine Pinchart

La guerre des fesses de Jean-Claude Kaufmann, c’est chez Lattès…

 

 

 

 

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