Sauvage : du Canada à la cour de Louis XV en passant par l'esclavage

Sauvage
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Sauvage - © Delcourt - Hersent, Morvan et Bévière - 2015

L'histoire vraie d'une enfant sauvage au destin étonnant qui sut prendre sa vie en main.

D'origines incertaines, Marie-Angélique Le Blanc connut au XVIIIème siècle un destin étonnant. Capturée en 1731 dans le village français de Songy, elle a alors l'apparence et les manières d'une sauvageonne échevelée et crasseuse, s'exprimant par l'imitation du roucoulement des pigeons. Recueillie par le vicomte du lieu, une fois lavée elle s'avère être blanche, confiée à l'éducation des sœurs d'un hospice pour en faire une bonne chrétienne, elle s'avère étonnamment vive d'esprit malgré des manières un peu rustres. Ne supportant pas le pain ou les aliments cuits, elle dépérit petit à petit avant d'être sauvée par un régime plus dans ses habitudes, à base de viande crue. La curiosité qu'elle suscite intriguera Voltaire lui-même qui en parlera à Marie Leszczynska, la propre femme de Louis XV. Celle-ci la prendra sous son aile et lui accordera une confortable pension mensuelle. Tenant salon dans ses appartements parisiens, elle décédera en 1775 entourée, à la fois, d'une renommée immense et du mystère de sa naissance.

 

Eclipsé par le personnage du film L'Enfant Sauvage, le destin de Marie-Angélique Le Blanc est pourtant bien plus étonnant et bien mieux documenté que celui du héros de Truffaut. Si la première partie de l'album ne peut se baser que sur les souvenirs partiels de Marie-Angélique et les documents qui attestent de son arrivée du Canada à Marseille en pleine épidémie de peste, sa petite enfance restant hypothétique : était-elle esquimaude ou d'une tribu indienne ? Toujours est-il qu'il semble sûr qu'elle se soit enfuie d'un atelier marseillais pour prendre le maquis durant une dizaine d'années avant d'être capturée à Songy et de vivre l'existence qu'on lui connait désormais.

 

Jean-David Morvan et Aurélie Bévière se chargent de scénariser cette histoire passionnante. S'il leur faut bien romancer les quelques trous qui émaillent la vie de Marie-Angélique, ils le font avec réalisme et crédibilité et dressent une biographie quasi-complète d'un personnage qui, parti de peu, put se hisser aux seules forces de sa volonté et de son intelligence jusqu'au salons parisiens les plus huppés du Siècle des Lumières.

 

Première album et franche réussite pour la dessinatrice Gaelle Hersent, qui parvient à transcrire aussi bien l'animalité du personnage que sa réussite sociale avec un dessin tout en vivacité quand il s'agit d'évoquer la sauvagerie de l'héroïne et plus posé sur la fin de son existence.

 

Au final, un album remarquable de documentation et passionnant de bout en bout malgré son épaisseur.

 

En bref : à découvrir au plus vite tant pour le personnage que pour sa dessinatrice pleine de promesses.

 

Sauvage – Biographie de Marie-Angélique Le Blanc par Hersent, Morvan et Bévière chez Delcourt

 

Denis MARC

L'actualité culturelle vue par Yakana

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