Route 78 – Go West !

1978, Eric et son amoureuse Pat ont la vie devant eux, étudiants en école normale, ils rassemblent leurs maigres économies pour s'envoler vers les Etats-Unis. Escale à New York puis du stop vers la Californie. Avec une naïveté juvénile, ils commencent par gagner de quoi subsister : Eric crobarde et vend ses dessins dans les parcs de la ville. Mais à une époque où un joint coûte le prix d'un cheeseburger, la bouffe passe souvent après le joint. Finalement un peu renfloués, ils débutent vraiment leur expédition à coup d'auto-stop plus ou moins foireux, de rencontres improbables et d'aller-retour qui les mènent plus souvent du nord au sud que vers L.A…. Bref les 3-4 jours prévus pour relier la côte ouest se transforment en un crapahutage de 2 mois et 10.000 bornes parcourues.

 

C'est un récit autobiographique que nous livre Eric Cartier, assisté d'Audrey Alwett à l'écriture. Récit sans concessions sur son parcours : car Eric, s'il a finalement laissé tomber une future carrière d'instituteur pour le dessin, se livre complètement dans l'album. Soixante-huitard avec 10 ans de retard, il déchante un peu face à cette Amérique rêvée avec un romantisme un peu niais. Il y rencontre plus de frappadingues militaristes et d'anticommunistes primaires que de gentils hippies avec fleurs dans les cheveux. C'est la came surtout qui est présente, l'auteur donnant parfois l'impression d'être dans un trip perpétuel. Heureusement que Pat est là pour le ramener sur Terre.

 

Il l'avoue lui-même dans les pages qui clôturent l'album, il y avait encore beaucoup à dire sur ces deux mois de voyage. Avec Alwett, ils ont donc coupé dans le gras pour livrer une histoire attachante de ce couple d'amoureux. Si l'action pure et dure est ce qui vous attire dans la BD, celle-ci n'est pas pour vous : le récit - jamais ennuyeux - s'écoule à son rythme au gré des rencontres, le seul suspense étant de savoir si oui ou non ils atteindront leur but. Un glossaire anglais-français fort utile pour accroître votre connaissance des jurons US est présent en fin d'album, mais il vaut mieux maîtriser un peu l'anglais pour suivre l'épopée.

 

Cartier assure également le dessin et nous plonge avec talent dans l'ambiance de l'époque, l'atmosphère sombre de New York contraste avec les lumières du Texas ou de Californie. Son trait est tout en rondeur sans faire "gros-nez" et il y a de sacrées gueules dans ses personnages. Tout ça fleure une légère nostalgie bien agréable.

 

En bref : un récit picaresque et attachant à savourer sur 150 pages.

 

Route 78 par Cartier et Alwett chez Delcourt coll. Mirages

 

Denis MARC

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Route 78 © Delcourt - Cartier & Alwett - 2015