« Riva Bella », le nouveau roman de Patrice Leconte

Rencontre avec l’écrivain-réalisateur 

Christine Pinchart : Tony fait disparaître sa femme tous les soirs devant cinq cents spectateurs ; il n’avait pas envisagé qu’elle puisse le quitter ?

Patrice Leconte : Tony fait tous les soirs son spectacle de magie, avec Suzie qui est sans doute la plus belle femme du monde et qui est aussi la sienne.  Et il se trouve qu’un jour, en pleine tournée d’été dans les casinos de Normandie, sa femme le quitte. Il est dévasté, en mille morceaux et doit assumer seul le spectacle ; autant vous dire qu’il ne va pas fort.

Christine Pinchart : Vous affectionnez semble-t-il, ce monde de l’illusion. Dans « La fille sur le pont » avec Vanessa Paradis et Daniel Auteuil on est déjà dans cet univers là ?

Patrice Leconte : Oui, j’ai toujours eu du goût pour le music-hall, la scène, le cirque, les gens qui dans la lumière inventent des numéros épatants pour nous charmer, nous transporter ailleurs. Oui, ça m’emballe, alors les prestidigitateurs, les magiciens, les illusionnistes me font faire des kilomètres. Je me rue ventre à terre aux spectacles de David Copperfield, je suis émerveillé.

Christine Pinchart : Vous émaillez cette écriture d’histoires d’amour et d’amitié ?

Patrice Leconte : Mais que peut-on raconter d’autre que des histoires d’amour franchement.  Et là, c’est vraiment une histoire d’amour au premier chef. Suzie et Tony s’aiment et sont ensemble depuis une quinzaine d’années, ils ont une petite fille, et que s’est-il passé dans ce couple ? Alors Tony s’est habitué à aimer sa femme,  et puis simplement il a oublié de lui dire qu’il l’aimait, il a oublié de lui prouver. Il s’est habitué à cette vie de couple et c’est ce qu’il y a de pire, parce que si on s’endort sur ses lauriers, c’est fichu. Si Suzie est partie,  c’est pour lui donner une leçon ; elle est partie sur un coup de tête avec le premier con venu, pas spécialement brillant, ni intelligent. Elle est partie pour qu’il se rende compte à quel point il tenait à elle.

Christine Pinchart : Sans chercher l’aventure, Tony va faire des rencontres, et là, elle prend un risque Suzie ?

Patrice Leconte : C’est un bel homme,  séduisant, c’est pas du tout un ringard. Alors il n’est pas dans un état de disponibilité sentimentale formidable, mais c’est vrai que les aventures de passage, sans être un séducteur professionnel, il ne peut pas les refuser. Mais il reste mentalement avec Suzie, il ne peut pas s’empêcher d’y penser.

Christine Pinchart : Et puis l’histoire de Suzie s’effiloche rapidement, et le glamour n’est pas vraiment au rendez-vous ?

Patrice Leconte : Oui, mais ça, c’est nous lecteurs qui le savons.  Tony continue sa tournée d’été sans savoir que sa femme est partie avec un crétin, faux argentin, et qu’elle ne va pas tarder à s’en apercevoir.  Lui ne sait plus où il en est.

Christine Pinchart : D’ailleurs il bascule et vous semblez aimer la mise en danger. Il frôle l’alcoolisme et la perversion ?

Patrice Leconte : Un peu, mais comme il est dans un état de tristesse infini, il commence à s’habituer aux vertiges occasionnés par la vodka, là où on peut tout oublier. Ce qui est très illusoire bien sûr. Mais n’en disons pas plus, juste que cette jeune journaliste, qui est bien jolie, veut lui venir en aide, et lui suggère de faire un spectacle d’hypnose. La question est de savoir s’il en est toujours capable, et elle va lui proposer de vérifier. Bien sûr le vieux phantasme masculin surgit… Alors tout cela pourrait être très noir, sauf que c’est l’été au bord de la mer, il y a les plages normandes,  et j’ai voulu rester léger. Je refuse d’entrer dans le mélodrame si non on ne s’en sort pas.

Et la légèreté n’est pas chose aisée ; dans le domaine Patrice Leconte est un maître. N’hésitez pas à plonger dans ce roman drôle et généreux.

Christine Pinchart