Poétique ou prophétique, la jeune BD se préoccupe d'environnement

"Un océan d'amour"
"Un océan d'amour" - © ©All Rights Reserved

Quand il tomba un jour, en pleine campagne mexicaine, sur une rivière de détritus en plastique, Wilfrid Lupano pensa qu'il était temps pour lui de faire quelque chose pour la planète: "Bon... j'ai fait une bande dessinée".

Prix de la BD Fnac 2015, en lice pour les prix d'Angoulême, "Un océan d'amour" est une fable onirique drôle et tendre, parfois inquiétante. Elle s'attache aux épopées parallèles d'un petit pêcheur breton emporté par l'océan et de sa moitié bigoudène lancée à sa recherche.

Un récit muet (prouesse du scénario et du dessin de Grégory Panaccione) où il est question d'amour, d'aventure et d'écologie.

"Je ne crois pas que la BD soit le lieu du militantisme frontal", dit Wilfrid Lupano (43 ans). "Car elle reste synonyme de divertissement. Et c'est sa force. Elle permet d'aborder de grands thèmes, en touchant un public large", explique le scénariste de BD.

Dans son livre, l'océan est magnifique mais "blessé, malade": ici un monstre des mers, géant de la pêche industrielle, aspire le héros dans ses filets; là un supertanker dégaze des nappes couleur d'encre; plus loin s'avance le fameux "continent" de plastique...

"Nous donnons aussi à voir des situations qu'on rencontre peu aux infos, parce que les images manquent", relève le scénariste. "Ce qui se passe sous l'eau ne se voit pas, ne fait pas de bruit..."

Avec le renouveau de la BD dans les années 2000 et une diversification inédite des genres, l'écologie a trouvé un support de choix.

Longtemps, le duo Enki Bilal-Pierre Christin a fait figure de pionnier, après la sortie en 1975 de leur premier album de "science-fiction écolo", "La croisière des oubliés". Mais le sujet était surtout dominé par des publications jeunesse: la série "Simon du fleuve" et son monde post-atomique, le western écolo "Buddy Longway"..., rappelle Gilles Ratier, de l'Association des critiques et journalistes de BD (ACBD).

"Les gamins qui ont lu ça dans le journal Tintin ont été frappés par ce discours, et j'en fais partie: ça m'a formé pour plus tard," ajoute-t-il, évoquant "la force de l'image".

Aujourd'hui, pour sa toute première BD, la jeune Belge Louise Joor, 26 ans, a choisi d'imaginer ce que serait en 2137 une terre ravagée par l'homme. Et ce n'est pas réjouissant. Frappée par l'accident de Fukushima, elle plante l'histoire de la jeune orpheline "Kanopé" au coeur d'une Amazonie, seul territoire épargné par l'urbanisation pour cause de quarantaine depuis l'explosion d'une centrale nucléaire en... 2018.

Le schiste en BD

La catastrophe revient aussi dans "Daisy - Lycéennes à Fukushima", un manga déjà tiré à 10.000 exemplaires en France, en lice pour le prix Tournesol décerné par Europe Ecologie-les Verts en marge d'Angoulême.

Installée dans un village du Limousin, Rancon, la maison d'édition de BD asiatiques Akata a décidé de mettre le paquet sur l'écologie.

"Il faut parler aux jeunes des problématiques de demain, pour les préparer et leur donner de la force", explique son directeur, Dominique Veret. "Le Japon et la culture asiatique sont une source de savoir, ils nous parlent de modèles universels."

En lice lui aussi pour le "Tournesol", le journaliste Sylvain Lapoix ne "connaissait rien à la BD" quand en 2012, un confrère lui suggéra de mettre en dessin son travail d'enquête sur les hydrocarbures de schiste, depuis la France jusqu'au Dakota du nord et la Pologne.

"Energies extrêmes", d'abord sorti dans la Revue dessinée, raconte l'histoire des pionniers américains de la fracturation hydraulique (à commencer par le 1er essai, mené au napalm). Puis chemine jusqu'aux débats actuels, jusque dans la Seine-et-Marne chère à l'auteur, où s'activent les candidats à la prospection.

"Outil de pédagogie", la BD raconte, à travers ses acteurs, une histoire passionnante, brouillée par l'imaginaire du rêve américain de conquête des ressources et les stratégies industrielles qui sapent tout espoir de sortie du tout-pétrole.

Une histoire très dense aussi, que soulage le trait précis du dessinateur Daniel Blancou.

Dans cette même veine, "Saison Brune", une somme de 480 pages sur le changement climatique sortie il y a deux ans, s'est déjà écoulée à près de 30.000 exemplaires!

 

AFP Relax News