Pascal Lemaître publie " Vleck " chez Pastel. Un album en français et une version en bruxellois

Pascal Lemaître
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Pascal Lemaître - © Pastel

"Au cours d’un voyage aux Etats Unis j’ai réalisé que cette langue s’était immiscée en moi. Je ne parle pas le bruxellois, mais j’utilise parfois un vocabulaire qui surprend mes élèves français, à la Cambre où j’enseigne. C’est une langue conviviale, et il y a ce parfum de la langue qui me touche."

Rencontre avec Pascal Lemaître, scénariste et illustrateur d’une histoire qui évoque des instants de la vie, avec légèreté.

 

On est à la fois dans la parodie d’une dictature et dans une petite leçon de bonheur ?

Les lecteurs sont intéressés par une facette du livre plus qu’une autre. Je suis attentif aux réactions, notamment une jeune fille qui y a vu une allusion au " Dormeur du Val " de Rimbaud. D’autres sont intéressés par l’histoire d’amour ou la relation difficile entre le père et le fils. Ce que vous pointez sur les petits bonheurs, j’y suis particulièrement attaché.  La simplicité de l’histoire d’amour entre Vlek et Skieve, ces gens populaires qui font un petit métier, c’est une lumière dans la vie.

Vous dites on sauve la vie avec l’amour, c’est aussi valable pour l’humour ?

Qui disait que l’humour c’est la politesse du désespoir ? Je pense que l’humour permet de faire passer de grandes choses, sans blesser. L’humour mais pas la moquerie et pas le défi.  Je n’aime pas les humoristes qui fonctionnent avec la méchanceté et la polémique. Je n’aime pas l’attaque frontale, je lui préfère des choses plus simples et moins agressives. Un humour convivial.

 C’est un tour de force de réaliser un album pour tous. L’enfant s’y retrouve et l’adulte ne s’ennuie pas une minute ?

J’y tiens beaucoup, pour les valeurs communes sur lesquelles on doit se retrouver.  Il me semble important de parler aux jeunes, et de soutenir les profs qui ont un rôle charnière.  Il y a toujours ce grand débat autour des artistes et de la société, et ce livre c’est ma façon de jouer un petit rôle dans la société.  Alors le tour de force passe par une forme d’égoïsme, qui est le fait de s’amuser en faisant un livre comme celui-là. Après avoir écrit la structure de l’histoire, j’ai mis une image de Dante, et puis je l’ai agrémentée de références. Il y a la " Divine comédie ",  avec le choix de la plaine des morts endormis, donc des petites choses qui font que l’écriture c’est un voyage.  Et dans ce voyage je fais des rencontres,  et je pense aux parents qui vont lire le livre à l’enfant, et pour lesquels cela ne doit pas être une corvée.

Vous êtes le scénariste et l’illustrateur d’un dessin dynamique. Juste trois couleurs, pourquoi ?

C’est une grande conversation que j’ai eue avec mon ami Serge Bloch qui fait la série " Max et Lili ". Je me voyais mal faire un livre qui essayait de montrer l’enfer de façon réaliste ; je voulais rester un peu abstrait et dans le concept. C’est pour cela que j’ai utilisé ces points de trame, avec des couleurs qui ne sont pas narratives. L’enfer c’est un mythe donc je reste dans le flou. Quant à la ligne, j’ai été marqué par le travail de William Steig, qui est connu pour avoir inspiré le dessin animé Shrek avec un de ses livres. Une ligne qui vibre, avec une émotion qui passe par le trait.

C’est la première fois que vous vous retrouvez à la tête d’un album bilingue ?

Je suis plus un illustrateur déjà au départ. En tant qu’auteur j’ai fait " Le petit cordonnier de Venise ", qui raconte un métier simple, et le courage de ce petit artisan qui va sauver un enfant. Je ne suis pas un auteur prolifique, mais plutôt un illustrateur prolifique. Et une de mes grandes chances, c’est d’avoir pu illustrer quatre albums de Toni Morrison. La collaboration m’a permis de me nourrir. J’ai aussi travaillé avec Stéphane Hessel pour " Point d’ironie ", un petit journal.

Ces deux albums c’est une première en collaboration avec la Férération Wallonie-Bruxelles. La démarche a été créée il y a quelques années dans le cadre d’un soutien aux langues endogènes. Mais il semblerait que ce soit une première expérience avec un livre neuf. De coutume on traduit des livres plus anciens.

" Vleck " de Pascal lemaître chez Pastel, Ecole des Loisirs. Un petit plaisir à partager sous la couette, en famille.

Christine Pinchart