"Olga" de Bernhard Schlink, une femme humble face à l'Histoire

Si vous aimez ces parcours personnels qui vous emportent et s’inscrivent dans la grande Histoire, "Olga" est fait pour vous. Bernhard Schlink nous livre un roman dans la même veine que "Le Liseur", son best-seller traduit en de multiples langues. Il nous offre une histoire d’amour avec l’Histoire en toile de fond. L'histoire allemande. D'une certaine manière, la nôtre aussi. 

"Le Liseur" plantait son décor après la deuxième guerre mondiale. Olga naît bien avant, à la fin du XIXe siècle. Elle grandit dans un petit village de l’est de l’empire allemand. Elle est singulière. Elle aime se tenir debout et observer ce qui l’entoure. Une chose après l’autre. Olga veut tout apprendre, tout comprendre. Et grandir, dépasser la pauvreté et l’ignorance. Dépasser la place où la société la tient. Devenir institutrice. Se réfugier dans les livres parce qu’elle exècre Bismarck qu'elle accuse de planter les germes du national-socialisme.

"Olga est injuste avec Bismarck"

Dans une interview publiée par son éditeur Gallimard, Bernhard Schlink déclare qu' "Olga est injuste avec Bismarck. Il redoutait la folie des grandeurs de l'Allemagne. Mais il a créé le Reich. Il a taillé pour l'Allemagne un costume bien trop grand pour elle - en tout cas pour une Allemagne où régnait un empereur fou comme Guillaume II."

Olga grandit donc. Comme son ami d'enfance, le fils d’un riche industriel, Herbert. Et ils se découvrent et s'aiment. Olga aime l’homme inaccessible parce qu’elle ne peut aimer que lui. Olga est tenue à l’écart du cercle familial et l’accepte pour mieux capter son amour. Et être aimée de lui. Elle encaisse avec un calme déconcertant. Le voit partir, puis revenir. Au fil du temps, des ans, au fil des expéditions en Afrique ou en Arctique, au fil des guerres mondiales, la première puis la deuxième. 

A travers cet amour, Herbert, lui, se révèle, insatiable. Sa soif d’ailleurs. Toujours plus loin, plus grand, plus conquérant. Comme l’empire. Comme cette Allemagne nazie qui pousse ses frontières. A quel horrible prix ? Les chemins des amants s'éloignent. Quelques années avant la deuxième guerre mondiale, Olga devient sourde...Elle ne peut plus entendre la propagande nazie. Tout un symbole...

Les lettres d'Olga livrent ce qu'elle a de plus intime

Ce qui est formidable aussi dans le roman de Bernard Schlink, c’est sa construction. Une première partie où il laisse grandir ses deux personnages, alternant les points de vue. Ils les laissent s’aimer, se séparer. Ils sont attachants même si on perçoit déjà que l’amour que ces deux-là se portent ne suffira pas à Herbert. Une deuxième partie où Olga raconte son histoire à un enfant auquel elle s’attache, bien des années après le départ de Herbert pour l'Arctique. Alors on adopte le point de vue de l’enfant.

Et enfin, troisième partie, la clé de voûte, les lettres d’Olga que cet enfant devenu adulte cherche ... et trouve. Les lettres qu’Olga a écrites à Herbert pendant toutes ces années d’absence. Des lettres d’un amour profond, un amour fou et lucide où la colère perle parfois. Le voile se lève. C’est à ce moment-là que l’on se rapproche au plus près d’Olga, de son secret. Ses lettres nous portent vers ce qu’elle a de plus intime et qui ne pouvait se révéler autrement.

Dans son roman, Bernard Schlink nous parle de transmission. Comment Olga transmet son histoire à l’enfant. Son histoire, et à travers elle, celle de l’Allemagne. Comment ces histoires nous arrivent-elles, au fond ? Bernard Schlink nous raconte de manière très belle, avec des mots simples, la vie d’une femme dont l’expérience n'a pas altéré l’intelligence. C’est plus qu’une histoire d’amour. C’est l'histoire d'une femme qui affronte la vie en toute humilité. Un magnifique portrait de femme. 

 

Olga, de Bernard Schlink est paru chez Gallimard.
Il est également disponible en bibliothèque.