Noms de dieux reçoit Mark Eyskens, un métaministre

2 images
- © rtbf

Quand il écrit un roman (par exemple « L’ affaire Titus »), Mark EYSKENS n’ écrit pas de roman : il écrit un métaroman. Quand il publie ses mémoires, il ne publie pas de mémoires : il publie des métamémoires («  A la recherche du temps vécu. Mes vies »).  Vous pouvez vérifier, si vous le souhaitez, en couverture de ces deux ouvrages.

Par contre, ne cherchez pas dans le dictionnaire : les mots « métaroman » et « métamémoires » ne s’ y trouvent pas. Ce sont des néologismes. Ils désignent deux nouveaux genres littéraires dont Mark Eyskens est à la fois l’ initiateur et le seul adepte connu à ce jour. 

Dans le Robert 2011, vous trouverez par contre un article consacré au préfixe « met(a) » : « Elément du grec meta exprimant en philosophie et dans les sciences humaines « ce qui dépasse, englobe » (un objet, une science) : métalangage, métamathématique ». 

Mark Eyskens, et Hervé Hasquin les métaministres

A bien y regarder, rares sont, dans notre pays, les hommes et les femmes politiques d’ aujourd’ hui, capables de s’ aventurer dans des domaines qui dépassent le cadre strictement politique, pour se lancer dans des publications métaphysiques. Du côté francophone, seul Hervé HASQUIN, sur le plan éditorial, peut rivaliser avec Mark EYSKENS. Docteur en philosophie et lettres, historien de renom international, le Secrétaire perpétuel de l’ Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique est l’ un des intellectuels les plus éminents du sud du pays. On lui doit des ouvrages majeurs sur le XVIII ème siècle et aussi sur l’ histoire des idées philosophiques et politiques en Belgique, dont une « Histoire de la Laïcité » qui fait office, si le terme est permis, de « bible » en la matière.

Mark EYSKENS et Hervé HASQUIN ont d’ ailleurs un point commun, au moins un : leurs derniers ouvrages ont été publiés chez le même éditeur, Racine, à Bruxelles.

Mais la comparaison s’ arrête là. Si Hervé HASQUIN ne fait aucun mystère de son appartenance à la Franc-Maçonnerie (il est membre du Grand Orient de Belgique), Mark EYSKENS est quant à lui un catholique convaincu. L’ historien  libéral est une figure de l’ histoire récente de l’ Université Libre de Bruxelles, tandis que l’ économiste et juriste social-chrétien s’ est illustré de son côté à la KULeuven. Sur le plan éthique, leurs positions, en matière d’ interruption volontaire de grossesse, notamment, sont radicalement différentes, voire opposées. Et, différence majeure : si le premier ne publie que des essais, principalement des essais historiques ( par exemple « Joseph II, catholique anticlérical et réformateur impatient »), le second alterne allégrement ouvrages de réflexion et ouvrages de fiction.

A un an d’ intervalle, « noms de dieux » les a reçus tous les deux, Hervé HASQUIN en octobre 2009 et Mark EYSKENS en octobre 2010. A l’ heure où la Belgique traverse des heures extrêmement graves, ces deux métaministres pourraient sans doute nous aider, au sud comme au nord, à imaginer les contours de ce qui sera peut-être un jour la… Métabelgique !

Edmond Blattchen

 Noms de Dieux avec Marc Eyskens, ce soir sur la Deux, à 22h45