"Neverhome" de Laird Hunt, l'épopée extraordinaire d'une femme qui prend les armes

Laird Hunt
Laird Hunt - © Christine Pinchart

Laird Hunt a reçu lundi le premier Grand prix de littérature américaine pour "Neverhome" (Actes Sud), à 47 ans, l'auteur est le premier vainqueur de ce nouveau prix littéraire récompensant un roman américain "se distinguant par ses qualités littéraires de premier plan".

Christine Pinchart a rencontré Laird Hunt.

 

Nous sommes à la fois dans la fiction et la réalité; vous connaissiez dans l'histoire, des femmes comme Constance qui se sont déguisées en homme pour faire la guerre civile américaine ?

Les chercheuses ont trouvé au moins 500 femmes qui se sont déguisées en homme, et c'était des histoires invraisemblables de femmes très intéressantes, qui méritent toutes des livres. Et j'ai mélangé toutes ces histoires pour créer ce personnage d'Ash Thompson, Constance au départ, qui va considérer qu'elle est plus apte à faire la guerre, que Bartholomew son mari.

 

C'est ce qui construit le début de l'histoire ?

J'étais forte pas lui, et pour moi le livre a commencé avec la voix du personnage. Elle est robuste et lui est fragile. Et il y a tellement de femmes qui sont plus fortes que leur mari, mais toutes ces femmes ne sont pas allées faire la guerre. C'était difficile, il fallait faire face à la mentalité mais aussi à la découverte. Et ce n'était pas très sympa d'être découverte en pleine guerre, à mille kilomètres de chez soi, et d'être traitée d'espionne, de folle, et peut-être d'être humiliée par tous ses camarades avec qui on a fait la guerre parfois pendant des années. Il y a des femmes qui ont fait toute la guerre, et d'autres qui ont fait quelques semaines puis se sont inscrites dans un autre régiment.

 

C'est une guerre qui a été particulièrement meurtrière et très dure ?

Oui très dure, et je pense qu'il y a eu 700 000 morts dans cette guerre. Bien sûr par rapport aux guerres mondiales en Europe, le chiffre n'est pas impressionnant, mais nous sommes au 19ème siècle, et c'est considérable. C'était aussi la première fois aux Etats Unis, qu'on était tué par quelqu'un dont on ne voyait pas le regard. On distinguait le corps, mais les fusils avaient beaucoup changé juste avant cette guerre, et on pouvait désormais tirer sur quelqu'un à 400 ou 500 mètres. Et tout le monde était armé d'un fusil d'une puissance terrifiante; c'était vraiment difficile de s'en sortir.

 

La guerre a changé la perception de la réalité de Constance. Combattre est devenu un réflexe ?

Complètement et là on rejoint l'actualité. Ce week-end à l'Intime Festival on avait cette intervention si belle de Phil Klay, à propos de ses nouvelles. Phil Klay qui a fait la guerre en Irak et en Afghanistan, et qui parle des soldats qui rentrent chez eux et des problèmes qu'ils ont.

Au 19ème siècle c'était la même chose, même si peut-être on n'avait pas le vocabulaire pour en parler. Mais le retour pour une femme c'était différent. Elles ne pouvaient pas raconter ce qu'elles avaient fait; il fallait cacher. Et avec Ash, au fur-et-à-mesure en lisant le livre, on comprend qu'elle ne raconte pas ça pour dire qu'elle a fait quelque chose d'extraordinaire à la guerre. C'est ce qu'elle a fait en rentrant qui la préoccupe. Et elle ne l'a jamais dit à personne. Le roman c'est dans un certain sens une confession.

 

Laird Hunt a donné la parole à une femme, une parole d'une grande justesse.

"Neverhome" chez Actes Sud

Pour lire un extrait de "Neverhome"