Mouche' de Marie Lebey, aux Editions Léo Scheer

Marie Lebey
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Marie Lebey - © Thierry Rateau

Marie Lebey a déjà publié "Oublier Modiano". Mouche’ son nouveau roman est un témoignage d’amour envers sa mère. Une humaniste, iconoclaste et inventive. Elle appartient à une génération disparue. "Mouche’ avec l’apostrophe, pour le petit clin d’œil visuel, comme un trait d’eye liner, pour monter le côté fantasque de ma mère."

Rencontre avec Marie Lebey

Vous lui rendez un hommage à votre mère dans ce livre ?

Oui c’est une lettre d’amour, mais c’était aussi parler de quelqu’un que j’avais près de moi. De la même façon que les peintres sont inspirés par leur modèle, j’ai décrit ce que j’avais autour de moi. Ma mère représente mon ADN littéraire. Elle m’a formé l’œil, formé ma culture, ma façon de voir, donc c’est un peu ma bonne fée littéraire.

C’est un vrai personnage romanesque, iconoclaste et très inventive ?

Elle est fantasque, comme beaucoup de femmes elle a eu des malheurs dans sa vie, et pour y survivre elle s’est inventée un monde imaginaire. Elle regarde le monde, ce qu’elle voit dans la rue , comme si c’était un musée. Elle a toujours besoin de transfigurer la réalité, pour la rendre plus belle.  Elle ne veut pas du monde tel qu’il est. C’est aussi une intellectuelle, et elle a besoin d’art, de littérature, de musique et de beauté. Elle sublime la vie.

De la même façon que les gens se réfugient dans la nourriture, dans la dépression ou dans la religion, après un malheur, ma mère s’est réfugiée dans les arts.

Elle craint la solitude ?

Oui elle a peur d’être seule, mais elle a toujours été très entourée. Elle a besoin de vivre, qu’il y ait en permanence un éclat d’émotion et de la vie. C’est la peur du vide plutôt.

Elle me rappelle la génération de ma grand-mère, qui n’aurait jamais rien laissé paraître de ce qu’elle vivait ou pensait, à l’extérieur de la maison. C’est cela ?

Oui c’est exactement cela. Une personne aimable avec tout le monde, dans la rue, chez l’épicier. Une petite peste à l’intérieur et une charmante vieille dame, adorable et polie avec tout le monde à l'extérieur. Oui c’est vrai.

Vous aussi vous évoquez des choses qui font partie des souvenirs de chacun. Comme l’eau de jouvence de l’Abbé Soury ?

Il y a des noms comme cela, des parfums qui apportent tout un univers et ce produit-là est choisi plutôt qu’un autre. C’est vrai il y a des souvenirs qui surgissent.

Votre mère perdra un enfant, et vous dites, " Quand on perd un enfant on n’a plus la force de s’attacher au suivant. " C’est ce qu’elle pensait ?

En fait de s’attacher je voulais peut-être dire, de voir l’autre enfant. Il y a mille façons d’être mère, et c’est ce que j’ai découvert en écrivant ce livre. D’abord je me suis réconciliée avec elle parce qu’elle est devenue un personnage et  je n’ai plus eu cette pression de mère sur moi. La littérature a mis un filtre, et j’ai pu l’observer. Je disais qu’il y a mille façons d’être mère parce qu’il y a les mères qui pensent aux anniversaires, qui font des bonnes tartes aux pommes, qui embrassent tout le temps leurs enfants mais qui sont incapables de leur donner des anticorps pour la vie. Et il y a des mères comme la mienne, qui ne font jamais un compliment, qui ont un frigo toujours vide, mais qui vous apportent des choses qui rendent fort dans la vie. Il n’y a pas de stéréotype de mère je crois ; et on a tous sa chance.

Vous dans votre histoire, vous auriez aimé être Angélique Marquise des Anges ?

Toute ma vie je l’ai construite comme Angélique Marquise des Anges. Je n’ai jamais eu un plan de carrière, et d’ailleurs je suis encore ainsi. Ce qui m’excite dans la vie c’est de voyager, de vivre des aventures, et je suis très proche de cela, avec un côté romans de gare.

Votre mère connaît-elle l’existence du livre ?

Oui elle l’a lu, elle en est fière et elle m’a dit que c’était un bon livre. En revanche ses copines c’est différent, elle sont d’un milieu plus bourgeois, moins artiste. Ce sont des femmes courageuses et ce n’est pas péjoratif, mais elles sont moins fantasques que ma petite mère belge.

Marie Lebey, Mouche’ aux Editions Léo Scheer. Un beau personnage de roman, libérateur et qui remet en question la notion de "bonne mère".

Christine Pinchart