Maroc, France, Belgique : regards croisés sur le livre à l'ère du numérique

Maroc, France, Belgique : regards croisés sur le livre à l’ère du numérique
Maroc, France, Belgique : regards croisés sur le livre à l’ère du numérique - © CC ActuaLitté

Comment le livre numérique se développe dans les trois pays ? Début de réponse à la Foire du Livre de Bruxelles.

 

Vendredi 6 mars sur la scène du Pavillon du Royaume du Maroc, quatre invités venaient répondre aux questions de Philippe Goffe, le Président du PILEn (Partenariat Interprofessionnel du Livre et de l’Édition numérique). Abdelbaki Belfkih (Professeur à l’Université Hassan II de Casablanca), Mohamed El Ferrane (Directeur de la Bibliothèque nationale du Maroc), Cécile Palusinski (Présidente de la Plume de Paon et Directrice de Numered) et Sophie Vandepontseele (Directrice collections contemporaines de la Bibliothèque royale de Belgique) venaient s’exprimer sur le présent et le futur des nouvelles pratiques et usages littéraires. Quel impact le numérique exerce dans le secteur du livre ?

Un livre numérique peu implanté au Maroc

Mohamed El Ferrane explique toutes les difficultés que le livre numérique connaît au Maroc, en terme tout d’abord technique, dû au bilinguisme de son pays (les deux langues ne se lisant pas dans le même sens et n’utilisent pas le même alphabet). Le deuxième problème majeur auquel le directeur de la BNRM se confronte est d’ordre juridique, pour lui “il faut changer les lois qui régissent l’utilisation du numérique et le dépôt légal”.

Abdelbaki Belfkih ajoute que le livre numérique représente une infime part du marché du livre marocain. Il n’est pas non plus entré dans les pratiques des étudiants à l’université. Selon le professeur, “on ne peut espérer un développement du livre numérique sans un substrat éducationnel et politique. Il n’y a pas encore de vision culturelle à ce niveau-là, on n’en est pas encore là.”

Du côté de la France, même si le marché est beaucoup plus développé qu’au Maroc (8,5% du marché du livre), Cécile Palusinski constate la lente progression du livre numérique français en comparaison avec son équivalent américain ou anglo-saxon en général. Les chiffres concernant le livre audio sont plus bas encore, on estime qu’ils pointent entre 2 et 3% du marché littéraire (mais les chiffres sont encore opaques car ils sont à aller chercher du côté d’Audible).

La directrice de La Plume de Paon exprime également son envie de partenariat avec le Maghreb, qui a une tradition orale bien plus développée qu’en Europe. Elle développe des liens depuis deux ans en ce sens avec le Maroc et la Tunisie notamment. Mais ce partenariat devra faire face à un problème d’accessibilité, le prix du livre numérique étant calculé sur le pouvoir d’achat européen.

Une question de territoires

La numérisation a eu un grand impact sur les usages dans les bibliothèques, notamment à la KBR. Sophie Vandepontseele constate une baisse significative des consultations de collections sur place. Aujourd’hui tout se passe en ligne : “on a surtout envie de consulter directement de son canapé ou dans sa cuisine”. Mais l’accès en ligne des collections est soumis aux difficultés du droit d’auteur et la directrice des collections contemporaines rejoint les constations de Mohamed El Ferrane.

 

Pour Abdelbaki Belfkih, il y a une inégalité démographique qui freine l’implantation du livre numérique au Maroc. Les populations des campagnes n’ont que peu accès à Internet et gardent cette tradition de rencontres physiques. Il faut d’abord développer culturellement le territoire pour que les nouveaux formats puissent émerger.

 

On constate une nette différente de progression du livre numérique entre la France, la Belgique et le Maroc. Il convient dans tous les cas d’encadrer au mieux cet outil et ses usages, en respectant les droits de chacun : auteurs, éditeurs et usagers.