Magasin Général- Notre-Dame des Lacs - tome final

Magasin Général - Notre-Dame-des-Lacs
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Magasin Général - Notre-Dame-des-Lacs - © Casterman / Loisel & Tripp

Loisel et Tripp achèvent magistralement la saga la plus apaisante de la BD...

Beaucoup de choses se préparent à Notre-Dame-des-Lacs : les hommes seront bientôt de retour, le bateau de Noël est quasi prêt , Marie "enceinte pas d'père" va bientôt accoucher. Une certaine fébrilité règne donc dans un village qui, il y a trois ans encore, était bien calme. Dans une sorte de révolution de velours, les mentalités ont changés. Définitivement ?. Se passant des classiques autorités tutélaires : le maire et le curé, les esprits se sont ouverts à plus de tolérance, d'écoute et de partage. Tout va donc pour le mieux dans cet ultime épisode dont la fin était déjà écrite il y a neuf ans, au début de la saga…

 

Régis Loisel et Jean-Louis Tripp étaient à Bruxelles pour le vernissage d'une expo consacrée à leur œuvre à la galerie Brüsel, l'occasion d'une rencontre avec les deux Montréalais d'adoption.

 

Mon Petit Neuvième : La saga s'achève, elle est un succès critique et de librairie incontestable. Au départ, un sujet aussi simple, sans rebondissements, ça a été facile à faire accepter à l'éditeur ?

Jean-Louis Tripp : Aucune espèce de problème, l'idée de départ est de Régis, moi j'avais dans mes cartons des histoires se passant dans des décors contemporains et je savais que Régis ne dessinerait pas ça. Après avoir réfléchi à des histoires fantastiques avec des bestioles volantes qui ne me correspondaient pas, on est parti autour de l'œuvre de Frank Capra. Lui avait un synopsis qui s'appelait "A la Capra". Le projet a été proposé au futur patron –à l'époque- de Casterman. Il n'avait vu qu'une page de synopsis, il ne savait pas comment on allait dessiner à deux. Il nous a fait confiance et voilà…

 

MPN : Jamais de dissensions entre vous sur le chemin à faire prendre à l'histoire ?

JLT : On a eu un point sur lequel philosophiquement on était pas d'accord au 4ème tome. On a trouvé assez vite la solution. On a trouvé un compromis sans faire intervenir d'extraterrestres comme Régis aurait voulu… (rires). Et on s'arrête au neuvième album, car pour nous l'histoire est finie.

 

MPN : Finir l'histoire en 1928 avant la grande crise financière, avant la guerre, c'était une volonté que l'histoire se termine "bien".

Régis Loisel : On ne voulait pas finir sur une note politique et en même temps l'histoire se continue par l'album photo qui se trouve en fin d'album et qui permet de suivre l'évolution de la vie du village jusqu'à l'arrivée de la modernité, avec l'électricité. Après l'histoire peut continuer, mais nous on a tout dit.

JLT : On avait choisi de montrer ce qui se passe dans ce village-là à ce moment-là, c'est-à-dire à la mort de Félix (Le mari de Marie qui décède dès le début de la série et qui sert de voix-off durant toute la série). C'est la métamorphose du village, l'émancipation des habitants, une fois la mue achevée, nous on se retire sur la pointe des pieds et on dit "eh bien, voyez, la vie du village va continuer". A partir du tout petit événement de la mort de Félix, tout va se déclencher et le village ne se serait pas "amieuté" comme il l'a fait.

 

MPN : Vous mettez en scène un Serge homo, un curé qui fait une crise de foi, une Marie enceinte de Dieu sait qui ? Est-ce réaliste une telle tolérance dans une époque pareille ? Cette sorte d'utopie ?

JLT : Non, c'est une fable. Comme un alignement de planète, cette suite d'événements fait qu'à ce moment-là, ça se passe et ne pourrait pas se passer à un autre. En même temps, on montre dans Magasin Général un village qui est en train d'accéder au "progrès" technologique, la photo, le phonographe, la mode. Marie va chercher ce progrès à Montréal et dans tout ça se trouve la graine de perversité qui pourrait détruire le fragile équilibre et nous amener dans la société d'aujourd'hui... Le village est laissé à la croisée des chemins, à lui de rester ce qu'il est.

 

MPN : Cet aspect "feel-good BD" que l'on peut ressentir à la lecture de la série s'éloigne quand même pas mal de vos travaux précédents avec "La Quête de l'Oiseau du Temps" ou "Peter Pan". Des séries nettement plus violentes.

RL : Oui, mais c'est de l'héroïc-fantasy pour la Quête animée par des personnages à la fois humains, ni bons ni mauvais, pour lesquels on s'était appliqués à exploiter leurs faiblesses, ce qui les rendait accessibles comme sont accessibles les personnages de Magasin.

 

MPN : Des Projets ?

JLT : Pas en commun. Moi je vais me lancer dans un projet plus intime et Régis va faire un Mickey "à l'ancienne" un vieux rêve.

 

En bref : foncez, lisez et relisez la série entière, ça reste un moment de bonheur pas niaiseux.

 

Magasin Général – Notre-Dame des Lac tome final par Loisel & Tripp chez Casterman

 

Denis MARC