Louis de Funes – une vie de folie et de grandeur

1904, Carlos de Funes de Galarza est un jeune avocat espagnol désargenté, par amour et dans un élan de romantisme, il enlève et épouse à Paris Léonor, fille du richissime avocat des chemins de fer espagnols qui voit le godelureau d'un mauvais œil. Bien que finalement nantis d'une confortable dot que beau-papa, par amour pour sa fille, leur lègue, les tourtereaux se retrouvent rapidement sans le sou suite aux investissements aléatoires et à la naïveté de Carlos. Obligés de vivre dans une chambre mal chauffée sous les toits, c'est en 1914 que le petit Louis rejoindra ses parents, une sœur et un frère.

Après un séjour en pensionnat ou il jouera sur scène son premier rôle…un gendarme, puis des études secondaires tumultueuses –il sera renvoyé d'à peu près partout- et survivant par ses prestations de pianiste de bar talentueux et autodidacte, il se prend de passion pour la comédie. Il a trouvé sa voie : faire rire. Enchainant jusqu'à 3 emplois par jour (petits tournages le jour, représentations théâtrales le soir et pianiste de bar la nuit) il rentre chez lui au petit matin épuisé. A force de travail, Louis se fera repérer par son rôle de l'épicier Jambier dans "La Traversée de Paris" avec Gabin et Bourvil, et sera qualifié d'acteur le plus drôle de France en 1957 par France Dimanche. Il a 43 ans, sa carrière décolle et il enchainera succès sur succès devenant une icône dont nombre de comédiens se revendiquent encore aujourd'hui, plus de 30 ans après son décès.

 

François Dimberton au scénario et Sylvain Chabert au dessin s'attaquent à un monstre sacré du cinéma populaire français dans cette biographie forcément un peu romancée. Car si l'homme lui-même fut d'une grande discrétion voire d'une timidité maladive bien loin des personnages qu'il incarna à l'écran, on sait moins de choses encore de ses parents. Les premières pages de l'album sont donc, de l'aveu même des auteurs, une interprétation de ce qu'ils ont pu apprendre.

Ce qui transparait surtout de cet album c'est, d'une part l'incroyable popularité de l'acteur qui fit se déplacer sur son seul nom des millions de spectateurs dans les salles et d'autre part, cette rage boulimique de travail qui le tenaillait lui qui, ayant connu la misère angoissait plus que tout d'y retomber.

Si bien sûr les références à ses films sont légion, Dimberton a le bon goût de ne pas en faire trop dans l'évocation du bonhomme, s'il y a bien quelques dialogues émaillés de "ma biche", ils sont suffisamment discrets pour ne pas se transformer en un running gag agaçant.

Au dessin, et faute de documents, Chabert représente de Funes père sous les traits de son fils dans Hibernatus. Le trait est léger et les personnages qui entourent l'acteur immédiatement reconnaissables sans sombrer dans la caricature.

 

En bref : un album biographique agréable à lire qui ravira certainement les plus de quarante ans et peut-être même les plus jeunes…

 

Louis de Funes – une vie de folie et de grandeur par Chabert et Dimberton chez Delcourt

 

Denis MARC

2 images
Louis de Funes © Delcourt - Chabert & Dimberton - 2014