Les derniers pour la route du lundi 15/10

Michel Dufranne et Daphné Van Ossel
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Michel Dufranne et Daphné Van Ossel - © Tous droits réservés

Comme de coutume, un éventail de bouquins tout terrain pour sillonner entre les lignes de plumes les plus éloquentes les unes que les autres !

« Une semaine de vacances » de Christine Angot- Ed Flammarion

Christine Angot a écrit ce court roman comme on prend une photo, sans respirer, sans prendre le temps de souffler. En cherchant la précision, en captant l'instant et le mouvement. Ce n'est pas à nous lecteurs de vouloir en connaître l'élément déclencheur, peu importe de le savoir. On s'aperçoit vite en le lisant que le texte possède en lui-même le pouvoir d'agir avec violence. Il suscite des sentiments dont l'angoisse ne peut être évacuée. Il provoque le saisissement par lequel on reconnaît un des pouvoirs de la littérature : donner aux mots toute leur puissance explicative et figurative, plutôt que de s'en servir pour recouvrir et voiler. C'est comme si l'écrivain levait ce voile, non pas pour nous faire peur, mais pour que l'on voie et comprenne.

« Lorsque Lou « de Philippe Djian – Ed Folio

"Quelle rigolade que de saigner du nez ou de se relever avec une bosse! Chaque fois que je roulais sur le sol, je m’éloignais des ténèbres. Chaque fois que le poing de Lou m’arrivait en pleine figure, je réalisais l’incroyable simplicité d’être au monde."

Que fait le narrateur dans cette ville paumée, à un jet de pierre du cercle polaire arctique? Pourquoi ce dur à cuire supporte-t-il les brimades et les coups des frères Conroy? L’hiver arrive et, avec lui, les premiers ours. Les choses se compliquent.

« Les femmes de Virginia Woolf » de Vanessa Curtis – Ed La petite bibliothèque Payot

A travers ces dix portraits de femmes - parentes, amies, rivales ou amantes - émerge une Virginia Woolf (1882-1941) différente de la caricature trop souvent proposée. On découvre à ses côtés une soeur taciturne (Vanessa Bell), une artiste énigmatique (Dora Carrington), un écrivain complexe (Katherine Mansfield), sans oublier l'aristocratique Vita Sackville-West et la compositrice Ethel Smyth. La question de la féminité préoccupait Virginia : elle l'a explorée sans relâche dans une oeuvre peuplée de figures subtiles et obsédantes souvent inspirées par ses proches. C'est aussi la fin d'une époque qui se dessine derrière ces personnalités de femmes artistes tout à la fois prisonnières de leur éducation et désireuses de rompre avec le modèle traditionnel de l'"ange au foyer".

« Orgueil et préjugés » de Jane Austen – Ed 10/18

Orgueil et préjugés est le plus connu des six romans achevés de Jane Austen. Son histoire, sa question, est en apparence celle d'un mariage : l'héroïne, la vive et ironique Elizabeth Bennett qui n'est pas riche, aimera-t-elle le héros, le riche et orgueilleux Darcy ? Si oui, en sera-t-elle aimée ? Si oui, encore, l'épousera-t-elle ? Mais il apparaît clairement qu'il n'y a en fait qu'un héros qui est l'héroïne, et que c'est par elle, en elle et pour elle que tout se passe.

« Le projet Bleiberg » de David S. Khara – Ed 10/18

Son père ? Assassiné. Sa mère ? Assassinée. Pour Jay Novacek, la semaine commence àêtre chargée. D'autant qu'en terme d'héritage, à part un drapeau américain, un médaillon nazi et un agent du Mossad à ses trousses, ce n'est pas l'Eldorado. Pire, il semblerait qu'on se dispute sa tête à grands coups de revolver... Peu habituéà danser avec les balles, Novacek va devoir apprendre. Et vite, s'il veut survivre.

Venue des heures les plus sombres de l'Histoire, une terrible machination se met en branle, menaçant l'humanité tout entière. N'est-il pas déjà trop tard pour l'arrêter ?

"Le Japon n'existe pas" d’ Alberto Torres-Blandina - Ed Métailié

Voyageurs qui n’aimez pas les longues attentes dans les aéroports, ce livre est pour vous. Dans un terminal, un balayeur affable et disert bavarde avec les passagers en attente, devine leur destination, leur donne des conseils, raconte des histoires passionnantes sur ses voisins, flirte avec la vendeuse de journaux. Il propose même à ses interlocuteurs en partance pour Tokyo une théorie originale : "Le Japon n’est qu’une façade. Une opération marketing comme une autre. On l’a inventé pour vendre de la technologie et ça a marché. Made in Japan est aujourd’hui le meilleur label pour vendre une voiture ou un téléviseur." D’histoire en histoire cet étrange balayeur nous surprend avec humour et bonheur.

Le premier roman plein d’ironie et d’énergie d’un jeune homme prometteur.

"Journal ambigu d'un cadre supérieur" de Etienne Deslaumes - Ed Monsieur Toussaint

Bienvenue chez Minerve Immobilier. Ici, pas de réunions qui n’aient d’objectifs cachés, pas de relations qui ne soient opportunistes, pas de confidences qui ne soient monnayées, et si vous vous demandez pourquoi certains cadres ont été embauchés malgré leur incompétence, dites-vous plutôt que c’est grâce à elle. Vous venez de pénétrer dans le monde des surnoms mesquins où les miettes de pouvoir se disputent autant que les bureaux qui ferment à clé. Sans concession, vif et précis, ce Journal ambigu d’un cadre supérieur est une véritable entreprise de démolition. Récit fictif au style élégant où le vrai et le faux n’ont aucune importance, où ce qui compte c’est d’observer les uns jouer contre les autres, d’étudier les mécaniques tordues à l’œuvre dans la machine à broyer du bureau, de se voir, de se reconnaître ou d’éviter de le faire.

"Ma femme de ta vie" de Clara Guelfenbein - Ed Actes Sud

En 1986, Théo et Antonio suivent des cours de sciences politiques et engagent des discussions passionnées dans les bars de Soho. Antonio a tissé le premier des liens d'amitié avec Clara, exilée chilienne, mais les deux garçons sont amoureux de la jeune fille. Craignant que son ami chilien qui souhaite rejoindre la lutte armée ne passe pour un héros, Théo le dénonce.

« Madame Hemingway » de Paula Mc Lain – Ed Buchet-Chastel

Chicago, octobre 1920. Sur un air de jazz de la Nouvelle- Orléans, la douce Hadley Richardson, tout juste arrivée du Missouri, rencontre un garçon de vingt ans, grand, svelte, cheveux noirs et yeux noisette. Avec à la joue droite, une irresistible fossette. Il s'appelle Ernest Hemingway et fascine l'assistance par ses récits sur la Grande Guerre dont il est rentré blessé. Hadley succombe aux yeux de braise du jeune homme. Elle a vingt-huit ans, elle ignore tout du jazz mais joue Rachmaninov avec passion. Après un mariage éclair, les Hemingway, follement amoureux, embarquent le 8 décembre 1921 à bord du Leopoldina pour Paris la trépidante. Ils se retrouvent vite au coeur d'une "génération perdue" d'écrivains anglo-saxons expatriés où figurent déjà Gertrude Stein, Ezra Pound, James Joyce et Scott Fitzgerald. Rive gauche, entre l'alcool qui coule à flots et la cocaïne, la guerre des ego, les couples qui se font et se défont et la beauté des femmes, Ernest travaille à son premier roman : Le soleil se lève aussi, qui lui apportera consécration et argent. Mais à quel prix ? Hadley, la fille du Midwest, droite et fidèle à ses valeurs, saura-t-elle répondre aux exigences et aux excès de l'écrivain le plus important de sa génération ? Pourra-t-elle rester sa muse, sa complice, son épouse. surtout face à la belle Pauline Pfeiffer au corps de liane ?