« Les Atlantides », le nouveau roman de Luc Dellisse

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Luc Dellisse est né à Bruxelles ; il enseigne à la Sorbonne et à l’ULB. « Les Atlantides » est son 5° roman. L’histoire du héros de deux vies; la vie de famille d’une part, et d'autre part, une parenthèse dans les méandres de sa vie amoureuse .




Christine Pinchart a rencontré Luc Dellisse :

Luc Dellisse : Je crois que c’est une vie où la parenthèse s’ouvre sur une autre parenthèse,  et une de ces vies au fond,  c’est celle d'un explorateur du passé.  D’ailleurs c’est une des aventures de l’écriture,  vouloir reconstituer les moments du passé, comme s’ils étaient présents.  Quant aux Atlantides, c’est sa recherche des mondes perdus.

Le début du livre nous raconte l’histoire de trois enfants, qui ont reçu la laideur comme mission, de la part de leurs parents ?

Luc Dellisse : Chacun des trois enfants s’est arrangé avec la laideur imaginaire ou réelle. Et la sœur aînée est devenue pharmacienne, pour avoir, insinue le narrateur, un accès illimité aux crèmes de beauté. La deuxième sœur s’est enfuie dans un couvent,  et le troisième, c’est mon narrateur. 

Il est très grand ?

Luc Dellisse : Il a choisi de compenser sa laideur par la recherche de la beauté des autres, et en l’occurrence la beauté des femmes. Alors oui, il est  immense, en tout cas décrit comme tel par l’auteur, lui-même très grand ; détail qui aura son importance.

« Quand on est amoureux, on lit des poètes morts depuis près d’un siècle, et on a l’impression qu’ils parlent de vous », c’est une expérience dites-vous ?

Luc Dellisse : C’est une expérience qu’on peut faire quand l’amour cesse d’être une relation confortable,  et intime et agréable, pour devenir une question de vie ou de mort. On veut tout, on veut tout donner, on veut tout recevoir et  on est confronté à une impossibilité dont la poésie est le garant et le reflet.  Les grands poètes nous parlent de çà ; la magie de l’éternité et le terrifiant instant. Comme l’effroi de la beauté, de la grandeur et de la force des choses.

Avec ces femmes qu’il nous présente, avec lesquelles il nous permet de partager un moment d’intimité, il se permet presque tout. C’est le libertinage libertaire qu’évoque Michel Onfray dans l'un de ses ouvrages?

Luc Dellisse : En matière de relations amoureuses consenties,  rien n’est grave.  On vit dans une époque qui a un peu peur de son ombre et qui croit que la seule forme de relation amoureuse c’est Tristan et Yseult, mais personne n’est à la hauteur de Tristan et Yseult. Mais bien sûr il y a place pour plusieurs formes d’amour dans une seule vie. Et une de ces formes d’amour ce sont des rencontres plus rapides,  et des choses où la beauté et l’émotion passent. Je parle de çà, et pas de sexe consommé de manière crue évidemment.  Et un des jeux du livre c’est que l’auteur n’arrête pas de dire, maintenant je suis devenu sage, je suis grand, et je n’ai plus affaire qu’à l’essentiel. Et puis en relisant son agenda de l’année écoulée, avant de le détruire comme chaque année, il se rend compte que son agenda est parcouru de rencontres amoureuses de ce type là.

Pourquoi ces femmes ont-elles en commun des destins aussi tragiques ?

Luc Dellisse : Alors là, c’est une vraie question dont la réponse est je pense dans la vie,  et pas dans mon écriture. Mais j’ai souvent été frappé par ce qu’implique l’amour. L’amour c’est parler, entrer dans des couloirs où personne ne va et partager.  Et le nombre de choses terribles qui peuvent sortir du cœur de quelqu’un qui parle, c’est étonnant. L’amour passion pour le héros c’est destructeur, et s’il se perd dans des histoires légères, c’est justement pour éviter de revivre une histoire qi a traumatisé sa jeunesse.  Mais le plus beau de l’amour pour moi, c’est s’enfermer avec quelqu’un, chuchoter et avoir des fous rire, en pensant que les adultes pensent que nous sommes des adultes, alors que nous savons que nous sommes restés des enfants. C’est ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’amour et c’est ça qui fascine le narrateur, parce qu’on a toujours une sorte de revanche à prendre sur son enfance. Et c’est cela qui me fascine aussi parce que le narrateur n’est pas si différent de l’auteur dans ce domaine là.

Un livre étonnant qui apparaît comme une fable pendant deux chapitres. Puis le narrateur dit je, et nous entrons dans son histoire ; celle que l’on vient d’évoquer.  Une friandise à savourer !



Luc Dellisse, Les Atlantides,  édition Les Impressions Nouvelles, collection Traverses.

Christine Pinchart