"Les Amnésiques", le roman de Géraldine Schwarz reçoit le Prix du Livre Européen

Géraldine Schwarz
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Géraldine Schwarz - © RTBF Nicole Debarre 2018

Le Prix du Livre Européen, dans la catégorie roman a couronné "Les Amnésiques" de Géraldine Schwarz, paru aux éditions Flammarion.  Une enquête que l’auteure a menée en Allemagne et en France pour tenter de comprendre pourquoi son grand-père et tant d’Allemands avaient été des "mitlaüfer", des Allemands qui "marchaient avec le courant" sans adhérer pourtant au régime nazi.

L’auteure est franco-allemande, elle est aussi journaliste et documentariste. Et dès son adolescence, elle s’est intéressée à la reconstruction de la démocratie après la deuxième Guerre Mondiale. Son père avait essayé de nombreuses fois d’aborder ce sujet avec son grand-père, mais personne ne voulait revenir sur ces années. On n’en parlait pas un point c’est tout. Et pourtant le grand-père n’était pas favorable au IIIème Reich, il l’avait vécu avec le plus de distance possible, mais en revanche la grand-mère, elle, elle admirait le Führer, comme beaucoup de femmes à l’époque, "parce qu’il avait un charisme incroyable".

Ce qui lui a donné envie d’écrire ce livre, c’est lorsqu’elle a découvert dans les documents qui avaient appartenu à son grand-père le contrat d’achat à très bas prix d’une entreprise de produits pétroliers qui appartenait à un juif.

En 1938. L’année de la Nuit de cristal. L’année où tout s’était précipité pour les Juifs qui avaient espéré jusqu’au bout pouvoir rester en Allemagne, alors qu’on leur interdisait de tenir un commerce, de fréquenter des lieux publics, de prendre les transports en commun, d’aller à l’école ou à l’université. Les Juifs qui étaient partis les années précédentes avaient dû laisser une partie de leur argent aux nazis. En 1938, on ne leur laisse emporter qu’une toute petite somme. Et donc le grand-père de Géraldine Schwarz, l’auteure, rachète cette entreprise et fait une magnifique affaire. Sans trop se poser de questions.

Mais en 1948, après la guerre, une loi stipule qu’il faut rendre 40% des biens spoliés aux juifs en Allemagne.  L’ancien propriétaire de l’entreprise du grand-père avait pu se réfugier aux Etats-Unis. Il réclame son dû via un avocat.

"J’ai découvert ce contrat dans la cave d’un immeuble familial. Ce qui m’a marqué ce sont les lettres qui datent de l’après-guerre des années 48-49 par lesquelles ce survivant de l’entreprise juive que mon grand-père avait 'aryanisé' va réclamer des réparations. Mais mon grand-père va écrire des lettres et essayer de se défendre. On voit bien qu’il est dans le déni le plus total et qu’il rejette toute responsabilité. Je pense que le travail de mémoire en Europe en général à part peut-être en Allemagne, c’est qu’on ne s’est pas assez occupé de ce qu’avaient fait les populations. C'est-à-dire des mécanismes sociologiques et psychologiques qui font basculer un individu ou voire une société entière dans l’apathie, c’est le cas de la France et même des Pays-Bas ou même dans le crime, dans la complicité du crime, ça c’est le cas de l’Allemagne. Or il est primordial de s’intéresser à ce qu’on fait les populations à l’époque, pour les transmettre à d’autres générations et leur donner un sens de la responsabilité individuelle, et de les armer contre la manipulation." 

pour lire un extrait du roman

Un ouvrage très documenté qui semble nécessaire à l’heure de la montée des populismes.

De larges chapitres sont consacrés au très long processus de dénazification, puisqu’il y avait beaucoup d’anciens nazis dans les divers gouvernements et dans les grandes entreprises qui ont fait repartir l’économie allemande.

"Ce travail a été fait, grâce à des politiciens impitoyables, et grâce à Fritz Bauer, un procureur juif qui est à l’origine des procès Auschwitz dans les années 60 et qui va faire rentrer le nom d’Auschwitz dans les salons confortables du miracle économique allemand. Mais la rupture la plus importante reste quand même le soulèvement étudiant de la fin des années 60, mon père incarne cette génération qui va demander des comptes à leurs parents. Aux criminels nazis et à tout le monde pour savoir : mais vous, mon oncle, ma tante, qu’est-ce que vous avez fait sous le IIIème Reich ? Quelle est votre responsabilité dans tous ces crimes qui ont eu lieu ? "

"Les Amnésiques" de Géraldine Schwartz est paru aux éditions Flammarion.