Le choix des chroniqueurs du lundi 15/10

Laurent Gaudé
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Laurent Gaudé - © Tous droits réservés

Un invité, Laurent Gaudé. Deux Chroniqueurs, Daphné Van Ossel et Michel Dufranne et des ouvrages triés sur le volet. C'est du "Livr(é)s à domicile" ! Tout chaud servi sur un plateau.

"Loco" de Joël Houssin - Ed Ring

"Amplifiée par les haut-parleurs, la voix de Malcolm portait loin dans le no man’s land. Les mots franchissaient la ligne de blindés, immobiles et noirs comme de gros scarabées morts, pour aller s’écraser sur les murailles aveugles de la forteresse du Peuple Sain : - Enfants du chaos, fils du désastre, sommes-nous condamnés à survivre dans l’effroi éternel pendant que les rescapés du Feu Nucléaire nous narguent dans les forteresses du Peuple Sain ? Quel Dieu a décidé qu’ils pouvaient vivre et nous mourir ? Dans quel livre sont écrites ces lois ? Quelle Science soigne les uns et tue les autres ? Ils sont là-bas, derrière leurs murs ! Ils nous méprisent ! Ils nous ignorent ! Parmi nous, il y a peut-être leur frère, leur sœur, leurs enfants, mais ils ne veulent pas nous voir ! Ils ne veulent pas m’entendre mais je suis l’écho sans fin de l’onde de choc qui va détruire tous les murs !" L'ultraviolent Loco marque le retour au premier plan d'un romancier hors-norme avec la collision sanglante de deux peuples s'affrontant pour leur survie, après l'Armageddon.

« Locomotive Rictus » de Joël Houssin – Ed Opta

Ce livre est un cri. Un hurlement. Un hurlement, c'est parfois discordant. Ça déchire les oreilles. Ça force à se les boucher pour ne plus l'entendre. Mais un hurlement, s'il vous assourdit, ne peut être éludé. Qu'il vous fasse grincer les dents ou qu'il vous prenne aux tripes. Locomotive Rictus, c'est le train de la mort, le convoi du néant. De ce voyage au pays des rêves atroces on revient, comme les sinistres personnages du roman, contaminé et laminé. Contaminé par des poisons violents, laminé par des visions d'enfer. Et on met du temps à s'en remettre.

" La Capitana" de Elsa Osorio - Ed Métailié

Mika, Micaela Feldman de Etchebéhère (1902-1992), la Capitana, a réellement vécu en Patagonie, à Paris, à Berlin, en Espagne, elle a tenu toute sa vie des carnets de notes. À partir de ces notes, des rencontres avec les gens qui l’ont connue, des recoupements de l’Histoire, Elsa Osorio transforme ce qui pourrait n’être qu’une biographie en littérature. Mika a appartenu à cette génération qui a toujours lutté pour l’égalité, la justice et la liberté. Elle est allée à Paris avec son mari pour participer au mouvement intellectuel dans les années 30, ils ont fondé la revue Que faire ?. Puis ils sont allés vivre à Berlin dont les ont chassés la montée du nazisme, ainsi que les manipulations du mouvement ouvrier par le stalinisme. Enfin ils sont allés rejoindre les milices du poum dans la guerre civile en Espagne.

Dans des circonstances dramatiques, elle, qui ne sait rien des armes et des stratégies militaires, se retrouve à la tête d’une milice. Son charisme, son intelligence des autres, sa façon de prendre les bonnes décisions la rendent indispensable et ce sont les miliciens eux-mêmes qui la nomment capitaine. Poursuivie par les fascistes, persécutée par les staliniens, harcelée par un agent de la Guépéou, emprisonnée, elle sera sauvée par les hommes qu’elle a commandés. Elle a fini sa vie d’inlassable militante à Paris en 1992. Elsa Osorio, portée par ce personnage hors du commun, écrit un roman d’amour passionné et une quête intellectuelle exigeante en mettant en œuvre tout son savoir faire littéraire pour combler les trous de l’Histoire.