"Laurent" par Valérie Fignon, un témoignage émouvant

Rencontre avec Valérie Fignon qui témoigne des moments passés aux côtés de Laurent, pendant sa maladie.

Le livre a germé longtemps, avant d’aboutir, c’était cathartique pour vous ?

 

Oui c’est un exutoire c’est vrai. Et le fait d’avoir partagé l’écriture avec deux proches, l’est encore plus. C’est le livre que Laurent voulait écrire sur sa maladie, c’était l’astuce qu’il avait trouvée pour se battre. Il voulait faire profiter les gens de son expérience. Il s’est battu toute sa vie comme champion, et il s’est battu face à la maladie.

Le Docteur Cymes m’a encouragée en me disant qu’il voulait faire quelque chose avec moi et Patrice Romedenne s’est joint à nous.

Mais j’ai voulu écrire le plan du livre, et Patrice réécrivait derrière en veillant à garder mon style et mes émotions.

 

Cathartique aussi parce que je n’avais pas l’expérience de la maladie. Dans ma famille je n’ai encore pas connu de malades ? J’étais désarmée et dans ces cas-là, on se met entre parenthèse, et on bataille pour l’autre. Mais il n’était au départ, pas envisageable de perdre.

 

Vous avez attendu longtemps avant de mettre un nom sur la maladie. Le cancer n’était pas localisé ?

 

On a plus de chance de s’en tirer quand on connaît son ennemi. Il n’y a pas eu pendant plusieurs mois effectivement, de nom sur le cancer de Laurent. On a pensé au pancréas, on avait des métastases, mais on ne trouvait pas le primitif. On faisait de la chimio sans cibler, en espérant tuer les mauvaises cellules, mais on tuait aussi les bonnes. On a fait beaucoup de chimio pour rien.

Et puis le cancer du poumon est sorti, mais il ne fumait pas.

Il y a un chapitre intéressant de Michel Cymes, sur le rapport patient-médecin, et la manière d’annoncer la maladie. Ses mots vous ont touchés ?

 

On annonce pas la maladie à un patient au téléphone, c’est élémentaire. Je ne veux pas faire de misérabilisme, mais je tape sur le manque d’humanité dans le monde médical. Il y a un manque de considération du patient, et un manque de communication. Et puis les médecins ne savaient plus quoi lui dire, et nous on attendait un miracle. Je pense que certains savaient que c’était sans issue ; ils étaient mal à l’aise, mais ils ne disaient rien. Et puis il y a le manque de moyens qui est manifeste dans nos cliniques.

Pour Michel, le discours c’est du sur mesure.

 

C’est ce qui a provoqué l’aventure américaine, si j’ose dire ?

 

Oui, Laurent s’éteignait à petit feu et Lance Armstrong insistait pour accueillir Laurent aux USA. Alain Galopin, le kiné et l’ami de toujours, a tout manigancé dans son dos, pour organiser l’escapade américaine. Cela représentait pour nous, l’ultime chance. On a été accueilli chez des amis, il a fallu faire traduire le dossier, refaire tous les examens et au final, pas de traitement miracle.

 

Le dynamisme de Laurent a souvent été freiné au fil des années ?

 

C’était un créatif il avait toujours besoin d’un projet. A 34 ans il avait plein d’envies, il a beaucoup souffert de l’échec de Paris-Nice. Traumatisé quand les organisateurs du Tour de France lui ont piqué l’idée. Il a été blessé par leur attitude.

Ensuite le centre de vélo, hôtel et restaurant. Là non plus pas de cadeau. Pour les courses cyclistes, il nous salariait mais lui ne gagnait rien, et mettait toute son énergie. Il était bon pour les idées, mais mauvais pour vendre son image. Et quand les sponsors ne frappaient pas à la porte, il aurait fallu s’offrir un directeur de la communication, mais on n’en avait pas les moyens.

 

C’est le Docteur Fauré qui vous a sauvé la vie ?

 

J’ai lu son livre, qui m’a fait un bien incroyable. Il est spécialiste en accompagnement de fin de vie, et de deuil. Ensuite je l’ai rencontré et oui, il m’a sauvé la vie. Il m’a expliqué clairement ce qui allait m’arriver. Chez lui j’ai renoué avec la vérité qui m’a évitée, pendant les quinze mois passés d’hôpitaux en hôpitaux et de spécialistes en spécialistes. Il m’a dit que la deuxième année de deuil était plus difficile que la première, qu’il fallait céder à la colère, et que je ne serais pas à l’abri d’une rechute. La reconstruction est un chantier permanent.

"Laurent" chez Grasset

Christine Pinchart