Laurent Gounelle avec "Le philosophe qui n'était pas sage", chez Plon et Kero

Laurent Gounelle
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Laurent Gounelle - © Zoé Gardeur-Editions Kero

"Tout est parti de mon envie d’écrire sur nous. On n’a pas toujours conscience de sa propre culture quand on est né dans un pays et qu’on y a toujours vécu, ou quand on a vécu dans des pays de culture voisine."

Le livre est né d’un besoin de confronter deux manières de vivre ?

J’avais envie de confronter notre vision du monde à celle d’une civilisation très différente et si possible n’ayant jamais eu de contacts avec l’Occident. Et aujourd’hui, il y a très peu de peuples qui n’ont jamais eu de contacts avec le monde dit civilisé. Un peu en Papouasie, je crois, et en Amazonie.

J’ai positionné cette histoire en Amazonie dans une tribu imaginaire. Alors je suis quand même allé sur place, j’ai fait une retraite avec un chamane péruvien, mais je n’ai pas voulu faire un travail anthropologique sur une tribu. C’est un roman et c’est un roman qui parle de nous finalement, en confrontant notre vision du monde à celle d’une tribu primitive.  

Vous décrivez de manière un peu caricaturale, ceux qui se révèlent être des mercenaires et qui accompagnent Sandro le personnage principal. C’est pour marquer plus encore le décalage avec cette tribu isolée ?

Oui exactement. Donc c’est l’histoire de Sandro qui part au milieu de la forêt, à la rencontre du peuple le plus épanoui de la Terre, afin de les rendre malheureux parce qu’ils sont responsables, croit-il, de la mort de sa femme. C’est insupportable, cette idée, qu’ils continuent à être les gens les plus heureux du monde, alors que lui a tout perdu.

On constate à quel point un équilibre est fragile ?

Oui il lui suffit de modifier leur mode de vie et de leur inculquer un certain nombre de choses comme : la jalousie, l’envie, l’individualisme, la possession… Toute une vision de la vie qui est proche de la nôtre en fait. Ces mercenaires sont initialement prêts à le venger pour de l’argent, et prêts à tuer tout le monde. Mais ce n’est pas ce que veut le jeune philosophe.  Ce qu’il veut pour se venger c’est les rendre malheureux.

Finalement ce sont trois mondes qui se côtoient et non deux. Et Sandro qui refuse cette appellation de philosophe ?

Oui le monde occidental, cette communauté de mercenaires comme il en existe à travers le monde et dans tous les conflits, et la tribu. Et Sandro s’il refuse l’appellation de philosophe, c’est parce qu’il était prof de philo, donc quelqu’un qui maîtrise tous les courants de pensée en philosophie. Il était dans un chemin personnel de recherche de la sagesse, et à la mort de sa femme il a été déstructuré par la vengeance, sachant que c’est à l’opposé de la voie de la sagesse. Donc il sait qu’il n’est plus philosophe au fond de lui. Moi j’oppose un peu les philosophes modernes à ceux de la Grèce antique qui attachaient de l’importance à ce rapprochement de la sagesse. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Et dans la forêt Sandro va rencontrer cette jeune indienne qui n’a pas son bagage culturel et intellectuel, mais qui elle, vit en philosophe.

Il y avait de votre part une forme d’engagement à travers ce livre ?

Je me pose beaucoup de questions sur l’avenir de notre civilisation et celle de l’homme.  Il est urgent sachant que la croissance est une nécessité, que cette dernière devienne une croissance basée sur la consommation de biens intellectuels et de services, plutôt que sur l’accumulation de produits qui détruisent la planète. Il faut qu’on évolue avant qu’il soit trop tard.  Pour moi l’énorme crise économique qu’on est en train de vivre n’en est qu’à son début, et va certes provoquer beaucoup de souffrance, mais c’est j’espère quelque chose qui va déboucher sur du positif. J’espère que l’on est à une charnière de civilisation. On va trouver un nouveau modèle de société à l’issue de cette crise, et au final ce sera positif, même si aujourd’hui ça fait souffrir beaucoup de gens.

 

Entre thriller et aventure, Laurent Gounelle plaît avec légèreté.

 

Laurent Gounelle avec " Le philosophe qui n’était pas sage ", chez Plon et Kero

Christine Pinchart