La télévision peut-elle briser un écrivain ?

Jessica L. Nelson, Tandis que je me dénude
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Jessica L. Nelson, Tandis que je me dénude - © Belfond

Quelques jours après " l’affaire Geluck " qui a vu le dessinateur confesser son traumatisme d’être invité sur un plateau d’émission sans qu’on s’intéresse réellement à son livre, un roman qui explore l’envers du décor des émissions " culturelles " françaises : Tandis que je me dénude (Belfond).

 

Le pitch :

Une jeune femme, Angie Rivière, publie un premier roman intitulé Bébés de brume. Grâce à un "package" conclu entre son éditeur et une émission de télé à succès, elle se retrouve invitée sur un plateau d’émission en access prime time pour parler de son livre. Professeure, elle a elle-même tâté de la télévision dans un autre pays, on pourrait presque dire une autre vie. Depuis la sortie de son roman, elle craint d’ailleurs que son passé ne la rattrape. Et les "post" anonymes du Homard qui la dénigrent régulièrement sur les réseaux sociaux lui font penser que cela pourrait ne pas tarder. Sur le plateau de l’émission, mise à nu devant tous, la voilà qui se lézarde et se remémore sa vie.

Le pour :

Ancienne chroniqueuse littéraire à TF1 (Vol de nuit, Au Field de la nuit), Jessica L. Nelson a pour elle de bien connaître la télévision et la relation trouble qui peut exister entre le petit écran et le livre. Sa manière de décrire les mécanismes des shows d’access prime time soi-disant culturels -on pense évidemment à Ruquier ou Ardisson - est précise et crédible. Son écriture est sèche, les mots sont choisis et les phrases débarrassées de leur "graisse" inutile. Plusieurs rebondissements se produisent à mesure qu’on avance dans la récit et rendent celui-ci attractif.

 

Le contre :

C’est un livre à charge. Soyons clairs : au cœur de ce roman, il y a une "certaine" télévision qui n’a rien à voir avec nos pratiques belges et un certain type d’émission aux antipodes de Livrés à Domicile. C’est précisément parce qu’on ne peut pas nous rapprocher, parce que je ne me sens pas personnellement mal à l’aise en lisant cet envers du décor, que je peux me permettre de prendre la distance suffisante pour y voir un règlement de comptes un peu vain - et facile - avec le monde de la télévision.

Le livre est écrit sur le mode du roman choral. Chaque personnage va prendre la parole et faire avancer l’action. Le risque de cette pratique littéraire est évidemment élevé. Certes, on relance l’attention du lecteur à chaque chapitre et on renouvelle les points de vue. Mais à l’inverse, on rend difficile l’empathie pour les personnages, on se force à leur camper des traits, des motivations, un passé en très peu de pages. Et au final, on obtient des "caractères de papier". C’est très vrai pour certains d’entre eux et notamment pour l’héroïne elle-même dont le dialogue intérieur avec sa part d’ombre (qu’elle nomme précisément L’Ombre) est très artificiel.

Pour lire un extrait de "Tandis que je me dénude"

L’avis final :

Tandis que je me dénude a des qualités certaines, notamment celle de montrer le mécanisme de la mise à nu qu’implique le passage dans certaines émissions de télévision. Si on y va avec ses petits secrets bien enfouis, si on ne s’est pas préparé à la curée, on ne fait pas le poids et c’est ce qui arrive à Angie Rivière. Il n’était peut-être pas nécessaire pour autant de "salir" et de dénigrer tous les protagonistes. Mais surtout, le livre aurait sans doute été plus fort si l’auteure avait fait le choix d’épouser le seul point de vue d’Angie. Car l’ensemble souffre de sa construction intellectuelle, trop visible, trop artificielle.

 

Ce lundi 19 octobre, pour Livr(é)s à domicile, Thierry Bellefroid et son invité, Philippe Geluck, se sont rendus à Bruxelles chez Augustin Lombart, responsable de l’I-Commerce dans une grande chaîne de distribution, pour mettre en lumière le 20e album du chat qui, cette année, a bien l’intention de faire des petits ! Ensemble, ils vont se.prêter à l’exercice de la Figure imposée qui cette semaine qui n’est autre que le roman hallucinogène de Claro, " Tous les diamants du ciel ", publié chez Actes Sud. A suivre sur La Deux à 22h45.