" La seule histoire" de Julian Barnes. Et un seul mot : superbe !

Julian Barnes
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Julian Barnes - © James Veysey - ISOPIX

On pourrait croire qu’on a déjà tout écrit sur un premier amour et  sur les ondes de choc qu’il peut provoquer pendant une vie entière. Mais il y a les mots pour le dire et ceux-ci sont ciselés.  

Comme l’écrit  Julian Barnes, "un premier amour détermine une vie pour toujours. Il n’occupe pas forcément un rang supérieur à celui des amours ultérieures, mais elles seront toujours affectées par son existence. Il peut servir de modèle, ou de contre-exemple. Il peut éclipser les amours ultérieures. D’un autre côté, il peut aussi  les rendre plus faciles,  meilleures . Mais parfois aussi un premier amour cautérise le cœur, et tout ce qu’on pourra trouver ensuite, c’est une  large cicatrice" .

pour lire un extrait de "La seule histoire"

L’impossible sérénité des âmes embrasées

Cette seule  histoire, c’est celle de Paul, le narrateur, qui, à 19 ans, tombe amoureux de Susan sur un court de tennis . Il s’était inscrit au club de cette petite ville du sud de l’Angleterre pour tromper son ennui et ses pulsions contrariées d’adolescent, le temps d’un été . Et sa partenaire de double, imposée, se trouve  donc être Susan, 48 ans, mariée et mère de deux filles. Il lui faut peu de temps pour le séduire. Et on assiste à cette fulgurance, tapie sous de faux airs de taquinerie. Dans cette Angleterre des années soixante, cette improbable union ne peut apparaître que scandaleuse. Après de troublantes incursions au foyer de Susan, sous les yeux faussement innocents du mari, les amants sont contraints de prendre  la fuite et s’installent à Londres où ils vivront une dizaine d’années. Mais hors des obstacles, leur relation s’étiole. En mal de sensations fortes, Susan s’abime dans l’alcool. Paul prend ses distances, sans jamais l’abandonner tout à fait. Une histoire banale, en somme. Mais elle nous rappelle qu’entre deux âmes qui se reconnaissent, le poids des ans ne pèse rien. Le poids des conventions non plus. Seul l’amour inconditionnel est suffisamment lourd.  Mais peut-être  cette vérité n’a-t-elle jamais  été exprimée de façon aussi tranquillement existentielle. Julian Barnes, dont on aime la délicatesse et l’humour, ajoute ici à ce cocktail déjà séduisant un ingrédient hautement addictif :  une pure essence de mélancolie. Qui est comme on le sait le bonheur des gens tristes.

 

"La seule histoire" de Julian Barnes , aux éditions Mercure de France.