"L'intime Festival", le cadeau de Benoît Poelvoorde à la littérature, sa passion

La littérature a immanquablement une part d’intime ?

 

B.P : Oui même si c’est un roman, il y a une part de l’intimité de l’auteur qui est livrée. Comme un acteur met une part de lui dans le film. L’intime c’est quand tu rougis, et tu ne sais jamais où les gens placent leur intimité. Quand tu croises quelqu‘un qui se regarde dans la glace, et que tu saisis ce moment, c’est une part très intime et c’est souvent un moment de gêne pour tout le monde. L’intime est dans le reflet que tu surprends de l’autre.

Mais je trouve cela magnifique d’arriver à le communiquer, cela nous parle et ça révèle notre intime. Néanmoins je suis mal à l’aise avec les livres qui suscitent la curiosité ; avec le voyeurisme.

 

Le festival a germé pendant trois ans, mais l’envie d’où venait-elle ?

 

B.P : Du fait que je m’ennuie dans le cinéma. Je travaille trop et le cinéma occupe tout mon temps. Alors comme dans une journée, il y a cinq minutes de tournage et une journée d’attente, je lis. Et puis je m’évade, et j’ai un moment privilégié avec moi-même.

C’est Chloé qui m’a dit, fais quelque chose dont tu seras fier, et qui ne parle pas de cinéma. Et comme j’aime les voitures et les bouquins, voilà. Mais blague à part, le festival est aussi parti d’un livre que j’ai lu et qui me met extrêmement mal à l’aise.

Et un matin je me suis dit, on le fait, et on partira de l’intime parce que j’aimerais avoir des réponses à des questions que je me pose. Et puis on verra ce qui se passera. Il y a des gens qui viennent faire des lectures et qui n’ont jamais lu en public. A part Edouard Baer qui est un habitué, on ne sait pas comment ça va se passer. Rien n’est bétonné, je ne suis pas en train de faire une promo en étant certain de la manière dont les choses vont se dérouler, je ne connais pas les réactions du public, on verra. Je serai spectateur comme le public.

Mais il n’y a rien de mieux que de se filer des livres, et d’en parler. C’est la chose qu’on partage le mieux. Quand on veut faire un cadeau à quelqu’un qu’on aime, on offre un livre.

 

On a fait avec Chloé une sélection facile, et parfois les livres font peur. Mais c’est comme pour le jazz, tu ne dois pas commencer tout de suite par un morceau de Bebop, ou tu n’arriveras pas à rentrer dedans. Il y a des apprentissages à faire, et pour la littérature c’est la même chose. Je pense qu’on a choisi de bons livres qui vont permettre de communiquer les uns avec les autres et surtout de prendre le temps. Prendre le temps d’écouter des mots, respirer, c’est toute la prétention qu’aura ce festival.

 

Musicalement, du jazz et un DJ ?

 

B.P : Oui Casimir Liberski, conseillé par Philippe Baron, et un groupe de swing pour l’ambiance qui est " Pink Turtle ". Le DJ avec de la musique jusqu’aux années 70, c’est la concession que j’ai faite au festival.

 

Parmi les formes que prendra le festival,  il y aura aussi un débat entre éditeurs, c’est rare ?

 

C.C : Ce débat avec les éditeurs a présidé à beaucoup de nos discussions sur la question de l’intime. C’est-à-dire, où commence la littérature, avec ce que l’on voit apparaître comme beaucoup de confessions, récits, autofictions… C’était s’interroger sur ce qu’est la littérature et  demander à des éditeurs ce qui présidait à leurs choix, et comment ils s’y prenaient. Ensuite comment éditer aujourd’hui  les écritures de soi, contemporaines, et on avait envie d’ouvrir le débat.

 

C’est le nœud du festival pour moi. Et là on trouvera le débat sur l’intime.

 

B.P : On aimerait un sociologue, et un éditeur qui participent à cette forme de déballage, ou de témoignage. C’est une vraie question aujourd’hui, avec le blog et internet. Ce phénomène du blog est révélateur du fait que tout le monde veut se confier. Quelle est la limite pour un éditeur ? Je trouve qu’on confond intimité et voyeurisme. Je devrais m’y intéresser pour la prochaine fois, mais là je n’ai pas d’ordinateur…

 

Quel est le regard de l’acteur sur l’adaptation littéraire au cinéma ?

 

B.P : Je n’aime pas. Et si tu adaptes un livre au cinéma il faut prendre un mauvais livre. Librement adapté, tu en fais ce que tu veux. Mais un bon livre ce n’est pas possible. Bon il y a les " Liaisons dangereuses ", mais le livre était presque conçu pour cela. Il y a eu " De beaux lendemains " de Russell Banks, mais c’est Atom Egoyan.

 

Mais le mec qui fait Gatsby c’est un tâcheron et on sait très bien qu’il va faire une merde et foutre du clinquant partout. Après tu ne peux plus relire le livre sans niquer ton imaginaire. Bien sûr on vend plus de livres…

Donc on a fait venir Benoît Jacquot, parce qu’il a adapté mon livre culte, Adolphe. Et il sera lu par Eric Caravaca au festival. Mais je ne veux pas voir le film.

 

C’est d’ailleurs pour cela que j’aime la radio, et que je n’ai pas la télé. Je suis un fan de Pascale Tyson, et de "Par Ouï-Dire" sur La Première, et j’adore " Sur les docks " de France Culture, parce que j’aime le montage son. Ce sont des génies qui font cela. Et je préfère cela à un docu à la télé, où je m’ennuie et où mes sens s’appauvrissent. Et j’te parle même pas des talk- shows niais.

 

On propose quatre films de Benoit Jacquot et on se posera la question de l’adaptation de la littérature au cinéma en sa compagnie.

 

 

Chloé, ce n’est pas votre première expérience comme organisatrice de festival, mais celui-ci a quelque chose de particulier ?

 

C.C : Celui-ci reflète la personnalité d’un artiste. Bien sûr on débat beaucoup avec notre équipe de conseillers  littéraires, mais nous sommes partis de sa bibliothèque. En revanche il est intéressant d’avoir des conseillers littéraires qui viennent du monde de l’édition. Ca permet aussi d’avoir un œil sur l’émergence avec de jeunes auteurs, et de confronter cela avec les goûts de Benoît.

Et puis il faut discuter pour construire la programmation cohérente d’une première édition. Faire entendre des textes peut-être pas forcément connus, mais aussi des romans cultes et de grands classiques. Et je pense que nous y sommes arrivés.

 

Christine Pinchart