L'Ile des Justes – Corse, été 42

L'ïle des Justes
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L'ïle des Justes - © Glénat - Espé & Piatzszek - 2015

Beaucoup de salauds, peu de salut

Marseille, 1942. Officiellement la France est découpée en 2 zones : celle qui est occupée et celle qui est dite libre. N'empêche, la traque aux juifs est en route et les Cohen décident de fuir vers l'Afrique puis la Palestine afin d'y trouver refuge. Dans leur tentative de fuite, la famille est séparée, pour assurer le salut de sa femme et son fils, Henry Cohen se sacrifie. Trouvant place sur un bateau, Suzanne et Sacha tentent de trouver un refuge précaire sur l'île de Beauté. Arrêtée à son arrivée, Suzanne est séparée de son fils mis en sécurité par les insulaires dans le petit village de Canari où le curé local œuvre à l'évasion des juifs...

 

Piatzszek dédie son album à ses grands-parents, Henry et Suzanne Cohen, ce qui crée certes une confusion entre fiction et réalité, mais ancre le récit dans une histoire familiale que l'on subodore lourde.

 

Piatzszek et Espé signent un récit romancé émouvant qui revient sur le rôle relativement méconnu d'un peuple corse notoirement rebelle qui fit beaucoup pour la protection des juifs en exil, car il n'y eut lieu aucune déportation – à une exception malheureuse près. Au-delà du roman, c'est donc un témoignage qu'ils nous offrent sur le courage et le sens de l'accueil d'un peuple qui considère que les ennemis de ses ennemis sont ses amis. La délivrance de faux passeport turcs par les autorités préfectorales est d'ailleurs attestée, preuve que tous les fonctionnaires français n'étaient pas inféodés à Vichy ou au Reich.

 

Le dessin de Espé rend bien les paysages de l'île, ses planches corses sont baignées de lumière et son trait semi-réaliste apporte une belle expressivité aux personnages. La colorisation est assurée par Irène Häfliger.

 

En bref : une belle histoire émouvante qui rend hommage à la résistance corse.

 

L'Île des Justes, Corse, été 42 par Espé et Piatzszek chez Glénat

 

Denis MARC