L'Homme Qui Assassinait Sa Vie

François-Frédéric Frey dit FFF est libre.  Après trois ans de prison pour abus de bien sociaux, il revient à Bordeaux, non pas pour refaire sa vie, mais pour l'assassiner.  Il veut se venger de ses ex-femmes et de son ex-beau-père en faisant un nettoyage par le vide.

Gus Carape, lui, est un minable privé à la recherche d'une affaire qui le remettrait à flot ou, à défaut, d'un petit braquage.

Gus et FFF vont se croiser entre Bordeaux et Toulouse sous le regard d'un vieux chien errant, témoin involontaire de la dérive du premier et de l'autodestruction du second.

 

VAUTRIN (Le Cri du Peuple) n'est pas n'importe qui dans le monde du polar, sous son vrai nom de Jean HERMAN il est le lauréat d'un César pour le film "Garde à Vue".  Ici, il n'hésite pas à accumuler les clichés plus ou moins obligés de tout polar qui se respecte : le temps pourri, le privé minable, le flic retors, le taulard revanchard, les femmes libidineuses, tout y passe, même le gendarme cocu.  Pourtant, au-delà de ce sentiment de déjà-lu, la sauce prend, malgré les ellipses, malgré les questions qui restent en suspens quant aux motivations profondes de FFF.

C'est MOYNOT qui apporte un éclaircissement : "Dans le livre de Vautrin, FFF est décrit comme un hyper-sexuel, une fois en prison, battu et violé, il devient à peu près impuissant."  C'est cette puissance perdue qu'il venge en assassinant son passé.

 

Encore un roman noir pour MOYNOT (3 reprises de Nestor Burma, Bonne Fête, Maman !) qui se spécialise dans un genre qu'il décrit comme une "métaphore de l'existence", une "vision à la marge" de la société.  Le livre de Vautrin correspond bien à ce qu'il aime : une référence à sa ville de Bordeaux, mais surtout des personnages avec un passé, des fêlures…  Ne vous laissez pas distraire par la couverture aux traits "Tardisiens", il retrouve la patte qui est la sienne dans l'album.  Il précise d'ailleurs que c'est pour retrouver une certaine liberté par rapport à la charte graphique de TARDI qu'il a décidé d’arrêter les adaptations des romans de Léo MALET...

 

En bref : une sorte de road-movie désespéré aux accents classiques pour amateur de polars noirs de noir.

 

L'Homme qui assassinait sa vie de MOYNOT et VAUTRIN chez CASTERMAN (112 pages)

 

Denis MARC