"L'été des charognes" : les chiens égarés

L'été des charognes
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L'été des charognes - © Editions Allia

L’été des charognes raconte une enfance à la campagne, dans toute la brutalité de son quotidien.

 

A La Fourrière, un petit village perdu de la France profonde, on apprend à couper des jugulaires d’agneaux comme on épluche les pommes de terre, on apprend à enfouir les cadavres d’animaux et à conduire la voiture quand son père est rouge d’éthanol. A La Fourrière on apprend à grandir entre les charognes et les vieux, et l’on n’a que peu de considération pour la vie. Ici, on essaye de survivre et faire passer le temps, les pieds dans la boue et les mains dans les entrailles. A La Fourrière, on naît chien égaré, c’est le pedigree.

 

Dans L’été des charognes, le point de vue est celui d’un enfant du village qui grandit en essayant d’esquiver les coups, de son père d’abord, de ses camarades ensuite. Mais c’est comme ça ici, la brutalité aide à être robuste et malgré tout, le jeune garçon est heureux. Avec son copain Jonas, ils aiment bien faire des bêtises et ont même tué un chien à coups de bâton. Les aînés leur montrent comment tuer le cochon, pour perpétuer la tradition et les endurcir. Il y a un certain équilibre dans cette vie simple et brutale. L’enfance se passe. Mais tout est menacé dans sa vie quand le garçon devient adolescent. En fréquentant des filles, il connaît une autre douleur moins supportable que les coups du père : celle du cœur brisé. A cause des ruptures et aussi à cause de la ville, lieu de déracinés où il perdra totalement ses repères.

 

Simon Johannin est un jeune auteur né en 1993, il grandit dans la montagne noire avant d’errer à Montpellier puis à Bruxelles. L’été des charognes est son premier roman, qu’il vêt d’une écriture brute, crasseuse et directe. Le style est au diapason de l’enfance de son héros et le résultat sans appel. Il raconte à merveille cette enfance à la campagne, les pieds dans les excréments et le sang, la cruauté, la rugosité des rapports humains comme celle des mains des fermiers, la beauté robuste de cette vie simple. Dans le roman de Johannin, une chose transparaît : tous les êtres sont à la même enseigne puisque tous finissent à la fin charognes. L’été des charognes apparaît comme un renouveau dans le paysage du roman contemporain français en franche opposition avec le parisianisme élitiste actuel.

 

"L’été des charognes" de Simon Johannin

Editions Allia

Sorti le 5 janvier 2017

10,00€