L'Apocalypse selon Magda. Et si la fin du monde était pour demain ?

L'apocalypse selon Magda
L'apocalypse selon Magda - © Delcourt

Quand un duo de filles s’empare d’un thème aussi rude que la fin du monde, cela donne un livre sensible et intelligent. Différent de l’habituelle littérature d’anticipation.

 

Magda a treize ans. Comme tous les autres garçons et filles de son âge, elle a ses petits soucis. Mais rien qui soit particulièrement grave. Jusqu’à ce jour où tous les élèves de son école sont rassemblés dans la cour pour une communication d’un type assez particulier. La direction du lycée annonce… la fin du monde, prévue un an plus tard. Coup de massue pour les élèves, mais aussi, évidemment, pour les adultes qui l’apprennent de leur côté, le plus souvent par les médias. Premier résultat de cette annonce : le père de Magda décide de ne pas perdre une seule des secondes qu’il lui reste à vivre : il quitte femme et enfants pour aller retrouver sa maîtresse. Première claque pour cette ado qui se sent trahie au plus mauvais moment. Bientôt, certains élèves abandonnent la classe. Des profs quittent eux aussi leur boulot. Bref, un peu comme dans Le Tout nouveau testament, le film de Jaco Van Dormael où la fille de Dieu balance à chacun la date de sa future mort, les réactions des humains sont très diverses face à cette échéance soudain si proche et si concrète.

Pour feuilleter la BD

Mais la force de cet épais roman graphique (plus de 150 pages) extrêmement attachant n’est pas d’être une énième étude de l’humanité devant sa fin imminente. D’ailleurs, on remarquera que les auteures ont évacué toutes les questions fantastiques et science-fictionnelles. L’Apocalypse n’est pas un récit d’anticipation. Aucune explication précise du fléau n’est esquissée, car là n’est pas la question. Mieux, le livre commence par quelques pages dans lesquelles on comprend que l’apocalypse a finalement été évitée. Cette manière de désamorcer le récit d’anticipation permet en revanche de créer le climat propice à la chronique d’une année particulière. En filigrane, les auteures livrent leur vision de ces quelques mois durant lesquels tout se déglingue peu à peu. Ce qui importe vraiment, c’est le prisme qu’elles ont choisi pour nous raconter cette histoire. À travers Magda, dont la crise d’adolescence va être boostée d’un coup, c’est une véritable peinture de cet âge difficile que nous proposent Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel. La scénariste n’a pas oublié l’ado qu’elle a été. Elle imagine comment l’imminence de sa mort peut exacerber les tensions dont est victime une jeune fille en pleine construction. Qui plus est, ce n’est pas seulement sa propre mort qui est sur le point de survenir, c’est celle de l’espèce. Cela remet tout en question : le modèle parental ou sociétal, mais plus globalement, la manière de penser la mort elle-même. Magda ne se voit pas comme une victime. Ce qu’elle veut, c’est vivre à mille à l’heure le peu qu’il lui reste. Laisser tomber les conventions, les règles. Être libre.

 

Avec un dessin influencé par le film d’animation (ce qui est normal puisqu’elle pratique l’animation en parallèle de la bande dessinée), Carole Maurel, dont c’est seulement la deuxième BD, est constamment à la recherche de la clarté : elle se concentre sur le propos et les émotions à transmettre. Son casting est soigné, comme sa direction d’acteurs. Derrière l’apparente simplicité de son dessin, elle use de toute la gamme des expressions pour donner vie à ses personnages. Elle le fait avec beaucoup de sensibilité tout en évitant la sensiblerie. Quant au scénario, il évite lui aussi la mièvrerie et prend de face toutes les questions que poserait une telle situation. L’Apocalypse selon Magda est donc un livre fort, profond, qui médite sur le prix de la liberté et explore la construction de soi. Il conviendra aussi bien aux adolescents qu’aux adultes.

 

L’Apocalypse selon Magda, de Chloé Vollmer-Lo & Carole Maurel. Delcourt.

Le 08/02/16 : Livr(é)s à domicile : Best of : Un parfum d'ailleurs

Dans ce 3e best of, Livr(é)s à domicile nous emmène dans des contrées lointaines avec les auteurs et trois romans touchants et existentiels : "Lilette" de Claude Durand (Ed. de Fallois); "Dans les forêts de Sibérie" de Sylvain Tesson (Ed. Gallimard); "A défaut d'Amérique" de Carole Zalberg (Ed. Actes Sud). A suivre sur La Deux à 22h45.

  • La "Lilette" de Claude Durand, est orpheline de mère et née d'un père volage, qui devient serveuse sans même savoir lire le nom des plats. Elle élève seule son enfant, le père préférant la liberté. Lorsque le volcan de cet îlot des Antilles où elle vit entre en éruption, il ravage tout sur son passage. Lilette est l'unique survivante. Une journaliste venue couvrir l'événement, débute alors le récit de sa vie... Plus que l'histoire bouleversante d'une jeune femme, "Lilette" est un portrait authentique des Antilles. Dans une vision très éloignée des images paradisiaques telles qu'on se les imagine. C'est Patricia Ide qui reçoit Claude Durand chez elle.
  • Sylvain Tesson, quant à lui, nous emmène dans "Les forêts de Sibérie", sur les bords du lac Baïcal, dans une isba de bois, loin de tout. Là, pendant six mois, le héros a tenté d'être heureux, coupé de la civilisation. Avec seulement la compagnie de deux chiens, un poêle à bois et une fenêtre ouverte sur le paysage. Etre heureux, ne serait-ce pas de posséder tout simplement le temps ? C'est Pascale Vande Berg qui accueille Sylvain Tesson dans son salon.
  • De part et d'autre de l'Atlantique, les pensées de deux femmes - Susan et Fleur - convergent vers une troisième, Adèle, disparue, une Polonaise ayant survécu à l'exil et à deux guerres mondiales. Une personnalité lumineuse dont le souvenir va nourrir la vie des deux autres. Carole Zalberg dresse le portrait de ces trois générations de femmes, sur trois continents. trois femmes dont l'humanité est inoubliable. Une grande fresque familiale qui mène le lecteur de la Pologne à la France et des Etats-Unis à l'Afrique du Sud, sur le thème de l'héritage familial. C'est Sylvia Martinez Tello qui reçoit Carole Zalberg dans sa maison.