Isaac Newton déjà victime de son succès au XVIIe siècle ?

Isaac Newton déjà victime de son succès au XVIIe siècle ?
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Isaac Newton déjà victime de son succès au XVIIe siècle ? - © Peter Macdiarmid - Getty Images

Un ouvrage scientifique que l’on s’arrache à tous les siècles. Cela fait des années que les exemplaires de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica d’Isaac Newton sont prisés des collectionneurs pour leur grande rareté. Des chercheurs ont toutefois découvert que cette œuvre fondamentale de la littérature scientifique avait bénéficié d’un tirage plus important qu’on ne le pensait.

Pourtant, rien ne laissait penser que cet ouvrage en latin de trois volumes allait révolutionner notre compréhension de l’univers, en énonçant les fondements de la mécanique newtonienne et la loi universelle de la gravitation. La légende veut qu’un étudiant de l’Université de Cambridge, qui passait à côté d’Isaac Newton, ait murmuré : "Voilà l’homme qui écrit un livre que ni lui ni personne d’autre ne comprend".

La communauté scientifique a longtemps cru que la complexité de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica ("Principes mathématiques de la philosophie naturelle") expliquait, en partie, pourquoi la première édition du livre n'avait été publiée en 1687 qu'à 189 exemplaires. Ce chiffre provient du dernier recensement en date des propriétaires de la première édition du traité de Newton, réalisé par Henry Macomber dans les années 1960. 

Pourtant, des chercheurs des universités de Caltech, en Californie, et Mannheim, en Allemagne, affirment que cette estimation sous-estime grandement le succès que la première édition de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica avait rencontré à sa sortie. Ils ont réussi à mettre la main sur près de 400 exemplaires du livre, éparpillés dans des bibliothèques et librairies à Budapest, Londres, Zagreb et même au Vatican. 


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Nos efforts ont, jusqu'à présent, permis de découvrir 387 exemplaires dans 27 pays, dont 91 ont été vendus aux enchères. Nous n'avons pas été en mesure de localiser les treize exemplaires signalés par Macomber, car de nombreux exemplaires du livre ont changé de mains à plusieurs reprises au cours des dernières décennies

 écrivent Mordechai Feingold et Andrej Svorenčík dans un article paru dans la revue Annals of Science.

Des exemplaires prisés des collectionneurs

Cette nouvelle estimation suggère que le livre de Newton a eu "un tirage beaucoup plus important que ce que l'on croit généralement" ainsi qu'un "lectorat plus large et compétent". Certains exemplaires de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica récemment découverts contenaient des annotations de plusieurs lecteurs, contredisant l'idée commune selon laquelle cette première édition n'intéressait qu'un groupe restreint de mathématiciens. 

Les nouvelles preuves empiriques présentées dans notre recensement permettent de réévaluer la diffusion précoce de 'Principia' en Europe qui, à son tour, nécessiterait un affinement majeur de notre compréhension de la contribution du Newtonianisme à la science des Lumières 

affirment Feingold et Svorenčík. 

Ces nouvelles découvertes pourraient également avoir des répercussions sur le marché des exemplaires d'origine de Philosophiae Naturalis Principia Mathematica aux enchères, où ils atteignent parfois des sommes à six chiffres. L'un d'entre eux avait même été adjugé pour 3,7 millions de dollars en 2016 chez Christie's, établissant ainsi un nouveau record d'enchères pour un livre scientifique imprimé.