Gringos Locos

En 1948, la bande dessinée franco-belge, avec trois de ses représentants les plus essentiels, prend ses quartiers en Amérique. Jijé s'expatrie, et emmène avec lui sa famille, Franquin et Morris.

Voilà le point de départ de cet album dessiné "à l'ancienne" par Schwartz, et scénarisé par Yann, qui a travaillé en son temps avec Franquin comme avec Morris.


Yann fait partie de ces scénaristes prolifiques qui aiment à s'aventurer dans les territoires de l'humour le plus débridé souvent, le plus iconoclaste parfois. C'et à ces deux aspects de sa personnalité que nous avons affaire ici, sans aucun doute. Sous sa plume, Jijé est bohème, plaisantin, sûr de lui, avec un petit côté "beauf" et une tendance à tout gérer, tout diriger. Ses jurons émaillent les péripéties de ce livre avec une abondance qui, avouons-le, frise parfois la surcharge.

Yann a construit cette histoire à partir de souvenirs qui lui ont été racontés, par Franquin et Morris, entre autres. Mais le portrait de Jijé qui en ressort est dans doute tronqué. Les témoins, dans le monde de la justice comme dans celui du quotidien, aiment à enjoliver les choses!

Cela dit, malgré un côté qui peut paraître dérangeant à certains, celui d'un album biographique qui ne l'est jamais réellement, Gringos Locos est un livre réjouissant: l'humour y est omniprésent, un humour qui n'hésite pas à s'enfouir dans des détails quelque peu osés, avec des personnages totalement désacralisés qui ne manquent pas de relief, avec des détails délirants qui ponctuent le récit de bout en bout. Et c'est de plaisir à l'écriture de cette histoire que nous parle Yann:



Ce livre est un album d'humour, d'abord et avant tout, et qui ne mérite certainement pas toute la polémique qui l'entoure. Après tout, on ne reproche jamais à un écrivain de romancer une biographie. Pourquoi le ferait-on avec des auteurs de bande dessinée?

Un album d'humour, oui. Mais aussi, à sa manière, et ce n'est pas la moindre de ses quallités, un hommage à trois grands de la bd. Et une remise à l'avant-plan de Jijé, trop souvent oublié, et qui occupe et occupera toujours une place prépondérante dans l'évolution de ce neuvième art qui, grâce à lui, est passé de l'univers de l'enfance à celui de tous les publics!

L'hommage est peut-être encore plus sensible dans le dessin, qui s'inspire de l'âge d'or de la bande dessinée. Schwartz, soutenu par un coloriste capable de rendre à la perfection les lumières du désert comme celles des villes américaines, s'est incontestablement autant amusé que Yann  à créer cette histoire:



Un album, donc, à prendre au second degré, voire au troisième, et qui ne peut que donner l'envie de se replonger dans la lecture de Jerry Spring, de Blondin et Cirage, de Spirou, de Gaston, et de Lucky Luke. Et d'attendre, avec déjà de l'impatience, la suite de ces Gringos qui, tout compte fait, ne sont pas aussi fous que ce que d'aucune aimeraient nous faire croire!

Jacques Schraûwen

Gringos Locos (scénario: Yann - dessin: Schwartz - éditeur: Dupuis)