Goncourt 2020 : L'OuLiPo, mouvement littéraire et laboratoire des lettres

Hervé Le Tellier, lauréat du Goncourt 2020, est président de l’OuLiPo, un atelier de littérature expérimentale dont l’objectif est de jouer avec les contraintes linguistiques et d’en inventer de nouvelles.
 

En 1960, un petit groupe de "poètes scientifiques" se rassemble autour du poète Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais, sous le nom d'"OUvroir de LIttérature POtentielle" (OuLiPo), littéralement atelier pour fabriquer de la littérature.

Le projet : répertorier toutes les potentialités du langage explorées par la littérature et inventer de nouvelles structures, règles et formes en imposant des défis mathématiques à la langue pour faire jaillir une nouvelle littérature.

Dès l’origine, le groupe rassemble des amis et critiques de Queneau : des scientifiques passionnés de littérature et des écrivains.

Qui sont les Oulipiens ?
Les Oulipiens sont unis par l’amitié et par une même pratique des contraintes d’écriture, inspirées des mathématiques, de la versification et du jeu.

Ils se retrouvent une fois par mois et travaillent dans la bonne humeur et dans une grande discrétion. L’OuLiPo, rapidement rattaché au Collège de Pataphysique, voulait à l’origine rester une société secrète.

Le mouvement comprend des noms comme Marcel Duchamp, Jacques Roubaud, George Perec, Italo Calvino ou Pablo Martin Sanchez.

Quel résultat ?
La production des Oulipiens navigue entre sophistication et blague potache. Raymond Queneau, qui avait déjà écrit de 99 façons différentes la même histoire en 1947, publie en 1961 Cent mille milliards de poèmes, dans lequel chacune des strophes de dix sonnets se combine aux autres.

On trouve évidemment La disparition (1969) de Perec, un roman de plus de 300 pages sans qu’une seule fois apparaisse la lettre "e", la plus utilisée en français et son complément, Les revenentes (1972) où le "e" est la seule voyelle présente.

Dans son roman protéiforme La Vie mode d’emploi (1978), qui se déroule dans un immeuble, Perec se fixe comme contrainte de déplacer le lecteur dans l’immeuble en suivant les mouvements du cavalier sur un jeu d’échecs. Le "cheval" doit explorer les 100 cases de ce damier, sans jamais repasser par la même.

Palindromes géants, haïkus de métro, tables de multiplication ("Tables de nain") de Paul Fournel ou encore portrait en creux d’Etienne Lécroart : ces recherches sont publiées collectivement ou individuellement. Elles sont recensées dans plus de 220 fascicules de la "Bibliothèque oulipienne".

"Si je n’étais pas membre de l’Oulipo, j’aurais écrit un roman très différent", a affirmé lundi Le Tellier, premier écrivain du groupe à recevoir le prix Goncourt.