Frida Kahlo

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frida - © delcourt

Un album intéressant, intelligent, qui nous offre le portrait de quatre années essentielles dans l’existence de celle qui fut et reste la plus importante des artistes mexicaines !

Frida Kahlo a déjà fait l’objet de bien des livres, de bien des films. Il n’y avait donc aucun intérêt à se contenter d’une énième biographie, c’est évident ! Une évidence qui a poussé les auteurs de cet album à tracer plus le portrait d’une époque précise que celui d’un seul personnage, fût-il l’immense Frida ! Et cet a priori fait de ce livre une belle réussite, tout en sensibilité et en intelligence.

Tout commence, dans cet album, en 1937. Frida Kahlo n’est encore qu’à l’aube de sa carrière artistique. Son mari Diego Silva, quant à lui, voit son talent totalement reconnu. Et ce couple bohème, ce couple passionné et passionnel accueille dans une banlieue de Mexico le politicien communiste Léon Trotski, poursuivi par la haine et les tueurs de Staline. Pendant quatre ans, autour de cet exilé encombrant, la vie de Frida va s’agencer, au gré de ses humeurs, de ses désirs, de ses libertés, de ses libertines nécessités, et de la lente maturation de son art.

Tout, sans doute, dans cet album, tourne autour d’elle. Mais même si elle est, en effet, le personnage central de ce livre, les auteurs ont eu à cœur de ne minimiser aucun des autres rôles de cette mise en scène de quatre ans d’une existence.

A ce titre, on pourrait dire que l’intitulé de ce livre est quelque peu mensonger : ce n’est pas Frida Kahlo que Jean-Luc Cornette et Flore Balthazar racontent, mais c’est bien elle qui se dessine peu à peu telle que la verra la notoriété, et ce au travers de ses rencontres, de ses colères, de ses amours, de ses tumultes, de ses souffrances.

Il en résulte un scénario dense. Un scénario qui, parfois, s’égare un peu, il faut l’avouer, par multiplication de rencontres, de tranches de vies qui se superposent. Un scénario qui fait la part belle au dialogue, aussi. Ce qui permet à la dessinatrice, Flore Balthazar, de peaufiner son travail graphique, de s’attarder, avec succès, sur une représentation fidèle de tous les protagonistes du récit dont elle se fait la metteuse en scène. Elle a choisi la voie de la simplicité, dans les décors par exemple, dans les paysages, sans pour autant en gommer la présence, loin s’en faut. C’est à une alchimie délicate, féminine comme l’est l’œuvre de Kahlo, qu’elle est arrivée, et c’est ce qui fait aussi la beauté de ce livre.

Dans une bd qui s’intéresse de près à ce que fut la réalité à un moment précis de l’Histoire, et c’est bien le cas ici, le lecteur peut souvent regretter de voir les existences décrites, racontées, dessinées, s’interrompre brusquement.

Jean-Luc Cornette l’a bien compris, et cet album se complète ainsi d’un dossier qui prend le temps en quelques sobres pages de dire ce que sont devenus tous les protagonistes importants de ce livre, de ce récit : une manière idéale d’avoir envie, qui sait, d’en découvrir encore plus sur le phénomène humain et artistique que représente encore et toujours Frida Kahlo.

L’art majuscule et celui qu’on dit neuvième aiment, depuis quelques années, à faire se croiser leurs destins, leurs réalités. Du classicisme au modernisme, les albums qui en résultent ne sont pas toujours des réussites, il faut bien l’avouer.

Mais ici, avec Frida Kahlo, la réussite est bien au rendez-vous ! Malgré quelques petites faiblesses, de ci de là, c’est un album véritablement intelligent, dans son approche d’un personnage connu comme dans le traitement graphique qui a été choisi. Un bien beau livre, à la fois pudique et superbement nourri d’impudeur !

 

Jacques Schraûwen

Frida Kahlo (scénario : Cornette – dessin : Balthazar – éditeur : Delcourt)