Franquin dans tous ses états : La Mauvaise Tête - La Quick Super

Entre Hergé et Franquin, mon cœur –et mon plaisir- n’ont jamais balancé. Même si je reconnais à la ligne claire d’indéniables qualités, d’évidentes inventions quant à la construction d’un récit, j’ai toujours eu une préférence pour les personnages et l’univers de Franquin. Il est de ces (rares) auteurs dont chaque relecture est une redécouverte. Et ces deux livres nous plongent pleinement dans son œuvre exceptionnelle !

La Mauvaise Tête (commentée par Hugues Dayez)

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franquin © dupuis

Cet album fait partie intégrante de mes souvenirs d’enfance… J’avais lu, et aimé bien évidemment, " Les chapeaux noirs ", " Les héritiers ", " Le dictateur et le champignon ". Mais avec " La Mauvaise Tête ", soudain, l’enfant que j’étais entrait dans un autre monde, dans une autre ambiance. Bien sûr, il y avait eu, dans " Les chapeaux noirs ", quelques frissons déjà ressentis, avec les coups de révolver. Mais ici, il s’agissait d’autre chose, il s‘agissait de découvrir un personnage farfelu et hautement sympathique se transformant en un " méchant "… Et ça fonctionnait à merveille, croyez-moi, sur le jeune lecteur que j’étais. Je ne pouvais pas croire que Fantasio ne soit plus qu’un voleur, et, en même temps, j’étais comme le policier à la triste figure, ébloui par les preuves qui s’accumulaient. En fait, au-delà du style habituel de la série " Spirou et Fantasio ", il s’agissait, pour la première fois, d’une histoire " policière ", d’un polar construit, tant au niveau du dessin que du scénario, au cordeau.

Et cette réédition, en grand format et en noir et blanc, m’a permis, étrangement, de retrouver ces déjà vieilles sensations…

Elle m’a permis également de mieux entrer encore dans le dessin de Franquin, dans la maîtrise totale dont il faisait preuve pour raconter une histoire d’un style auquel il n’était pas habitué. Les physionomies de ses personnages, la construction de ses planches, la dynamique de la mise en mouvement de ses héros, tout cela fait de Franquin, dans cet album (et dans tous les autres qu’il a créés…), à mon humble avis, le vrai grand maître de la bande dessinée tous-publics : ses personnages sont entiers, ils ne sont pas manichéens, et l’humour omniprésent n’empêche pas l’intrigue de s’aventurer dans des domaines qui restent souvent très contemporains.

En outre, dans cet album, il faut souligner les commentaires de Hugues Dayez. Dans un langage simple, avec les mots d’un amoureux à la fois du septième et du neuvième art, il replace l’histoire dans son contexte, il décortique, ici et là, le graphisme et sa richesse. Je ne suis pas toujours fan, je l’avoue, des " études " consacrées à la bd, trop souvent intellectualisantes. Il n’en est rien ici, loin de là, et la présence de Dayez dans cet album est vraiment un " plus ".

La Quick Super (commenté par José-Louis Bocquet et Serge Honorez)

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franquin © dupuis

La réédition de cette courte histoire de Spirou et Fantasio, parenthèse entre deux albums, est surtout le prétexte à offrir aux lecteurs toute une série de documents, de notes, de photos, qui dessinent de Franquin, en quelque sorte, un portrait à taille humaine.

" La Quick Super ", c’est une petite histoire policière, ramassée, rapide. C’est un scénario concis, avec des rebondissements parfaitement amenés. C’est une construction classique, avec l’envie suscitée, à chaque bas de page, de vite lire la suivante. C’est un plaisir à dessiner les détails secondaires, à faire vivre et bouger Spip en parallèle des gestes des deux héros. C’est la vivacité du trait dans la création du mouvement, celui des personnages et celui des objets. C’est, enfin, un bonheur évident pris par Franquin à dessiner une voiture, à la faire bouger.

Cet album-ci, c’est aussi des commentaires intéressants, qui s’écartent de la simple anecdote d’une aventure de Spirou et Fantasio, pour s’ouvrir à la vie telle qu’on la vivait, au quotidien, à la fin des années 50. Bien sûr, dans ces commentaires, une large part est faite à Franquin, à sa manière d’aborder les univers qu’il dessinait, à ce qu’était réellement sa " fantaisie ". Mais en le replaçant, d’abord et avant tout, dans un vrai quotidien.

Ces deux livres tracent, en parallèle, et en se complétant l’un l’autre, un portrait de Franquin, c’est évident. Ils remettent en perspective tout l’art de ce dessinateur incomparable, essentiel dans l’histoire du neuvième art. Et ils le font avec à la fois de l’humour, du sérieux, de la simplicité, et de l’intelligence.

Deux livres, donc, à mettre en bonne place dans votre bibliothèque, à l’étage des classiques " incontournables " !

 

 

Jacques Schraûwen

Franquin : La Mauvaise Tête - La Quick Super (éditeur : Dupuis)