Frankenstein : Le Monstre Est Vivant (tome 1)

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frankenstein - © soleil

Le roman de Mary Shelley refermé, qu’arrive-t-il à la fameuse créature de Frankenstein ? Découvrez-le dans cet album gothique et somptueux !

La bd américaine ne suit pas vraiment les mêmes codes que le neuvième art européen. Mais il génère des auteurs essentiels, comme Eisner ou Corben… Et comme Bernie Wrightson, qui nous revient aujourd’hui avec un album au graphisme extraordinaire !

Au début des années 80, Bernie Wrightson avait illustré, et avec quel talent, l’œuvre de Mary Shelley, Frankenstein. Il était normal, dès lors, qu’un jour ou l’autre le destin de ce personnage mythique de la littérature gothique reprenne vie au bout de sa plume.

Ce qui a toujours fasciné Wrightson, c’est l’horreur quand elle s’ouvre au quotidien, à l’humain, voire même à l’humanisme. Et ici, dans ce " monstre vivant ", il s’en donne à cœur joie, avec un plaisir qui transparaît dans chaque page, dans chaque case.

Le narrateur, c’est la fameuse créature, qui a voulu mourir dans les glaces polaires mais qui est ramené à la vie par un savant qui l’éduque, l’humanise. Un savant, bien entendu, dont les expériences se situent à la limite de l’éthique et portent, clin d’œil au monde contemporain, sur les cellules souches…

Et cette créature se raconte, raconte aussi ses cauchemars, ses retrouvailles en face à face improbable avec son " géniteur ", le professeur Frankenstein. Ce sont ses doutes, ses peurs, ses attentes, ses espérances qui rythment et ponctuent ce récit, en guise d’antienne, on le sent, on le pressent, d’une suite au souffle encore plus puissant.

Il y a dans le dessin de Wrightson une démesure, tant dans ses représentations humaines que dans les détails de ses décors. Et tout cela participe pleinement, avec un talent incomparable, à un album dans lequel l’ambiance est prépondérante : c’est elle qui entraîne le lecteur dans un univers où l’improbable devient la loi !

Je me rappelle qu’adolescent je frémissais (en souriant…) aux histoires dessinées par Wrightson : la créature du marais, et les récits qu’il offrait aux lecteurs de Creepy, de Eerie, ou de Vampirella, qui eurent une existence en langue française.

Ici, avec " Le monstre est vivant ", le format " long " du récit permet à Wrightson de s’enfouir plus profondément dans des aspects que ses récits courts gommaient souvent : l’humanisme, oui, la psychologie des personnages, la psychologie des sentiments aussi.

Et la collaboration que Wrightson vit, dans cet album, dans ce premier opus, avec son scénariste Steve Niles tient également de la totale perfection !

Le scénario évite les pièges d’un certain manichéisme toujours possible lorsqu’on se lance dans l’écriture d’une aventure " d’horreur ". Il parvient aussi à créer des personnages, même secondaires, qui sont entiers, vivants. Je dirais même que, malgré l’aspect résolument " gothique " du dessin, c’est plus dans le domaine du " fantastique " que l’on se trouve ici. Un fantastique en noir et blanc, un domaine qui est une porte ouverte à la fois sur le monde des rêves et celui des cauchemars…

Pour la beauté du dessin, pour l’intelligence du scénario, pour l’univers que les deux auteurs de ce monstre réussissent à créer sans faux pas, ce livre ne peut que plaire à tous ceux pour qui la bande dessinée peut et doit se conjuguer à tous les modes de l’imaginaire !

 

 

Jacques Schraûwen

Frankenstein : Le Monstre Est Vivant (tome 1) (dessin : Wrightson – scénario : Niles – éditeur : Soleil)