"Faire Mouche" : drame familial tendu

Vincent Almendros
Vincent Almendros - © Editions de Minuit

Tout va bien, exagérai-je

 

Quelque chose de malsain plane sur le dernier roman de Vincent Almendros ("Un été"), un sentiment poisseux qui nous colle à la peau et ne nous abandonne pas, même après avoir tourné la dernière page.

Il est question dans ce troublant récit du retour à la campagne d’un citadin. Laurent, qui a quitté depuis longtemps ce "village isolé, au milieu de rien" dans lequel il a passé son enfance, est là pour le mariage de sa cousine. Ou du moins c'est ce qu'il nous dit. Homme emprisonné par les secrets, il est un narrateur plutôt économe avec les détails importants, qui se cache tant bien que mal derrière ses mystères. Au point même de mentir de temps à autre, comme lorsque il présente aux membres de sa famille sa compagne, Constance, qui en plus de s’appeler Claire, n’est pas sa compagne, mais une ancienne colocataire. Les non-dits, les silences pesants et les phrases gênantes dominent ses conversations avec des gens qui font partie d’un passé qu’il ne veut pas s’avouer à lui-même.

De situations inconfortables en moments crispants, Vincent Almendros nous promène dans ce monde rural, vu par le petit bout de la lorgnette. Avec un vocabulaire champêtre très visuel l’auteur nous plonge dans un univers d’insectes morts, de langues de bœuf, de boue et de vin au goût acide, où la chaleur de l’été étouffe les corps et les esprits. L’intrigue du roman se définit peut-être par le mystère, mais ses descriptions sont généreuses en détails.

Le portrait qu’il nous propose de la campagne est plutôt cruel, mais c’est tout le sel de son approche. Par quelques phrases courtes mais bien senties, l'auteur capte délicieusement l’inconfort de ces retrouvailles entre cousins et de ces repas familiaux qui pèsent lourds sur l’estomac. Piqué par l’écriture incisive de Almendros, on en rit, mais pas sans appréhension. Car quelque chose de mauvais s’est passé, est en train de se passer, va se passer. De toute évidence, il ne fait pas bon de s’éterniser dans ce décor auvergnat, et le roman ne s’y attarde pas plus que nécessaire : aussi bref qu’intense, "Faire Mouche" tient toute son intrigue en seulement 128 (courtes) pages. Presque une nouvelle donc, tant dans la longueur que dans la narration, mais qui suffira à ravir les esprits littéraires avides de noirceur un peu rustique.

 

"Faire Mouche" de Vincent Almendros, publié le 4 janvier 2018 aux Éditions de Minuit.