Eva Kavian: des ateliers d'écriture pour faire émerger des textes

2 images
- © rtbf

Pour commencer notre tour d’horizon des ateliers d’écriture, nous avons rencontré Eva Kavian à la Maison du Livre de Saint-Gilles. Elle y attendait un des ses groupes pour le dernier atelier de la saison. Retour sur son expérience de 25 ans.

Eva Kavian  a toujours aimé l'écriture. Quand elle travaillait comme ergothérapeute dans un hôpital psychiatrique, elle  poussait ses patients à écrire. Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle a découvert l’existence des ateliers d’écriture en France. Elle est partie s’y former avant de lancer cette activité en Belgique. On est en 1985 et on  connait alors très peu les ateliers d'écriture. Eva Kavian est donc une pionnière...

L'atelier est un laboratoire

Dans les ateliers d’écriture, le processus est souvent le même : une proposition d’écriture, les participants écrivent puis lisent ce qu’ils ont rédigé. Ensuite, l’animateur fait ses commentaires. Pour Eva Kavian, plus la contrainte est forte et le temps limité, plus on évite l'angoisse de la page blanche.  "Si vous vous dites que vous allez écrire, vous pouvez rester deux heures sans avoir une idée.  Je donne une proposition d'écriture et tout le monde se met à écrire parce qu'il y a cette balise de la contrainte. Théoriquement, si la contrainte est bien formulée, elle va dans le sens de dynamiser l'écriture. Parfois les gens qui ont commencé à écrire n'ont pas le temps de finir. Ce n'est pas grave. On n'est pas là pour faire aboutir des textes, on est là pour faire émerger des textes. L'atelier, c'est un laboratoire, ce n'est pas un lieu où on va finir une grande œuvre. C'est comme pour un musicien, c’est le moment où l’on fait ses gammes".

Selon Eva Kavian, la première chose à faire dans un atelier d'écriture, c'est de réparer le rapport qu’ont les personnes à l'écriture, rapport qui a été abîmé selon elle par le cursus scolaire : "Les enfants de 5 ans ont tous envie d'apprendre à lire et à écrire. Ils arrivent en première primaire et on commence à leur montrer tout ce qu'ils ne savent pas faire". Il faut donc réparer les blessures liées à ce sentiment d’incompétence dont on est imprégné en sortant de l’école. Le deuxième point à travailler, c’est la créativité : "Tout le monde a de l'imagination et de la créativité mais c'est parfois comme un muscle qui n'a pas été fort utilisé. Si vous voulez faire un marathon, vous n'allez pas commencer à courir 40 kms. En créativité, c'est pareil, il faut la redynamiser".

Aganippe organise des ateliers à caractère littéraire

Eva Kavian insiste sur le caractère littéraire de ses ateliers, ce qui n’est pas le cas de tous les ateliers. Il y en a qui existent juste pour le plaisir d'écrire mais où il n'y a pas d'objectif plus technique, pas l’envie d'apprendre et d'avancer. Il y a aussi des ateliers qui vont travailler la créativité sans travailler le côté plus littéraire.

"Aganippe", l’asbl qu’elle a créée, organise des ateliers purement littéraires qui se penchent particulièrement sur la structure du texte, étudient les outils de la fiction. On y privilégie les ateliers dans la durée (au moins un an) avec une possibilité de progression. "Il y a 4 niveaux et chaque niveau peut être suivi un, deux ou trois ans. Ce ne sont pas des niveaux du côté de la qualité d'écriture, ce sont des niveaux du côté de la pratique d'écriture. Il faut expérimenter certains outils au niveau de la nouvelle, il en faut d'autre avant d'accéder au roman. Les outils de la fiction, ce sont les narrateurs, la construction du texte, le style, le dialogue. Il faut arriver petit à petit à avoir tous ces outils qu'on utilise sans le savoir. En sachant qu'on les utilise, on peut beaucoup plus facilement en jouer. L'étape suivante, le niveau 2, ce sera d'avoir plus d'autonomie dans son écriture. Ça veut dire des temps d'écriture plus long et prendre des propositions venant de soi et pas de l'animateur nécessairement. Dans le troisième niveau, on travaille la trame narrative : tous les éléments du récit universel comme l'élément déclencheur, le climax, les obstacles, la motivation du personnage et comment agencer tout ça dans une histoire pour faire monter la tension, l'émotion, etc. Ce sont tous ces éléments du scénario qu'on va travailler de manière très concrète et très pratique. Le quatrième niveau, c'est l'écriture plus longue, l'écriture de roman".

Comme elle ne peut pas animer elle-même tous les ateliers, Eva Kavian choisit les animateurs avec qui elle travaillent. Ils doivent avoir suivi une formation,  posséder un bagage personnel et écrire. "Mais pour animer des ateliers de niveau 2" précise l’auteure, "il faut avoir publié. C'est une question de cohérence par rapport aux participants. Les participants se lancent dans l'écriture plus longue donc, il faut que les animateurs aient aussi fait un chemin dans ce sens. Dans le niveau 2 chez Aganippé, il y a Xavier Deutch, Caroline Lamarche, Jacqueline Daussain et moi-même".

Les commentaires sont un outil indispensable pour progresser

Des auteurs connus qui donnent sans doute une certaine légitimité pour commenter les écrits des participants. Car les commentaires, tout le monde s’accorde à le dire, c’est difficile à faire. Pourtant,  c’est vraiment un outil important pour apprendre à porter un regard critique sur ce qu’on a écrit et à acquérir les outils pour s’améliorer. Quand elle en fait,  Eva Kavian avoue que le fait qu’elle aime ou non le texte, n’est pas important à ses yeux : "Ce qui compte pour moi, c'est que la personne ait écrit au mieux de ce qu'elle peut faire à ce moment là. Je pense que les participants sentent très bien ça. Il arrive qu'un participant soit plus limité mais je relève toujours des choses positives dans son texte aussi sans mentir. Je ne vais jamais les écraser ou les comparer entre eux. Il y a vraiment un grand respect de tout le monde et l'animateur est le garant de ça".

Ecrire apprend à mieux lire

Last but not least, Eva Kavian conclut : "Autant l'atelier va faire avancer l'écriture, autant l'atelier va permettre de lire autrement. Il y a beaucoup de personnes qui se remettent à lire parce qu'ils viennent en atelier d'écriture. Les gens lisent autrement car ils vont avoir un regard plus critique et mieux comprendre la construction du texte. Ils vont devenir plus exigeant mais aussi profiter mieux d'un vrai bon livre". Un argument non négligeable pour tous les amoureux de la lecture !

Retrouvez toutes les informations utiles sur les ateliers organisés par Aganippé sur http://www.aganippe.be

Isabelle Franchimont

crédit photo RTBF

Eva Kavian  a toujours aimé l'écriture. Quand elle travaillait comme ergothérapeute dans un hôpital psychiatrique, elle  poussait ses patients à écrire. Ce n’est que quelques années plus tard qu’elle a découvert l’existence des ateliers d’écriture en France. Elle est partie s’y former avant de lancer cette activité en Belgique. On est en 1985 et on  connait alors très peu les ateliers d'écriture. Eva Kavian est donc une pionnière...

L'atelier est un laboratoire

Dans les ateliers d’écriture, le processus est souvent le même : une proposition d’écriture, les participants écrivent puis lisent ce qu’ils ont rédigé. Ensuite, l’animateur fait ses commentaires. Pour Eva Kavian, plus la contrainte est forte et le temps limité, plus on évite l'angoisse de la page blanche.  "Si vous vous dites que vous allez écrire, vous pouvez rester deux heures sans avoir une idée.  Je donne une proposition d'écriture et tout le monde se met à écrire parce qu'il y a cette balise de la contrainte. Théoriquement, si la contrainte est bien formulée, elle va dans le sens de dynamiser l'écriture. Parfois les gens qui ont commencé à écrire n'ont pas le temps de finir. Ce n'est pas grave. On n'est pas là pour faire aboutir des textes, on est là pour faire émerger des textes. L'atelier, c'est un laboratoire, ce n'est pas un lieu où on va finir une grande œuvre. C'est comme pour un musicien, c’est le moment où l’on fait ses gammes".

Selon Eva Kavian, la première chose à faire dans un atelier d'écriture, c'est de réparer le rapport qu’ont les personnes à l'écriture, rapport qui a été abîmé selon elle par le cursus scolaire : "Les enfants de 5 ans ont tous envie d'apprendre à lire et à écrire. Ils arrivent en première primaire et on commence à leur montrer tout ce qu'ils ne savent pas faire". Il faut donc réparer les blessures liées à ce sentiment d’incompétence dont on est imprégné en sortant de l’école. Le deuxième point à travailler, c’est la créativité : "Tout le monde a de l'imagination et de la créativité mais c'est parfois comme un muscle qui n'a pas été fort utilisé. Si vous voulez faire un marathon, vous n'allez pas commencer à courir 40 kms. En créativité, c'est pareil, il faut la redynamiser".

Aganippe organise des ateliers à caractère littéraire

Eva Kavian insiste sur le caractère littéraire de ses ateliers, ce qui n’est pas le cas de tous les ateliers. Il y en a qui existent juste pour le plaisir d'écrire mais où il n'y a pas d'objectif plus technique, pas l’envie d'apprendre et d'avancer. Il y a aussi des ateliers qui vont travailler la créativité sans travailler le côté plus littéraire.

"Aganippe", l’asbl qu’elle a créée, organise des ateliers purement littéraires qui se penchent particulièrement sur la structure du texte, étudient les outils de la fiction. On y privilégie les ateliers dans la durée (au moins un an) avec une possibilité de progression. "Il y a 4 niveaux et chaque niveau peut être suivi un, deux ou trois ans. Ce ne sont pas des niveaux du côté de la qualité d'écriture, ce sont des niveaux du côté de la pratique d'écriture. Il faut expérimenter certains outils au niveau de la nouvelle, il en faut d'autre avant d'accéder au roman. Les outils de la fiction, ce sont les narrateurs, la construction du texte, le style, le dialogue. Il faut arriver petit à petit à avoir tous ces outils qu'on utilise sans le savoir. En sachant qu'on les utilise, on peut beaucoup plus facilement en jouer. L'étape suivante, le niveau 2, ce sera d'avoir plus d'autonomie dans son écriture. Ça veut dire des temps d'écriture plus long et prendre des propositions venant de soi et pas de l'animateur nécessairement. Dans le troisième niveau, on travaille la trame narrative : tous les éléments du récit universel comme l'élément déclencheur, le climax, les obstacles, la motivation du personnage et comment agencer tout ça dans une histoire pour faire monter la tension, l'émotion, etc. Ce sont tous ces éléments du scénario qu'o