Décès de l'écrivain espagnol Jorge Semprun, grand témoin du siècle

Témoin des grandes déchirures politiques du XXe siècle, il en a tiré une oeuvre marquante en littérature et au cinéma. Jorge Semprun s'est éteint "très paisiblement" à son domicile parisien, a indiqué son petit-fils, Thomas Landman. Selon la télévision publique espagnole, la famille n'a pas choisi le lieu d'inhumation mais il est probable que ce sera en France où il a vécu quasiment toute sa vie.

Brièvement ministre espagnol de la Culture, au sein du gouvernement socialiste de Felipe Gonzalez à la fin des années 1980, Jorge Semprun s'était exilé avec sa famille dès le début de la guerre civile espagnole (1936-39). Le ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, a rendu hommage à cet écrivain "majeur" qui avait "choisi la langue française comme seconde patrie".

Né le 10 décembre 1923 à Madrid dans une famille bourgeoise aux valeurs républicaines profondément ancrées, Semprun rencontre l'exil dès l'enfance. Son père, avocat républicain, pour lui un "exemple moral", quitte l'Espagne dès 1936 par "fidélité à ses idées", avec ses sept enfants. D'abord pour les Pays-Bas, puis pour la France. Depuis Paris, la chute de Madrid tombée aux mains des franquistes, en mars 1939, insuffle à Jorge Semprun la conviction d'être à tout jamais "rouge espagnol".

Avec la Seconde Guerre mondiale, il s'engage dans un réseau de résistance. Mais en septembre 1943, à l'âge de 19 ans, il est arrêté par la Gestapo et déporté à Buchenwald. A la libération du camp, en avril 1945, il choisit "l'amnésie délibérée pour survivre". Il rompra ce silence en 1963 avec son premier récit, "Le grand voyage", et reviendra notamment sur cette expérience douloureuse en 1994 dans "L'écriture ou la vie".

Après quelques années comme traducteur à l'Unesco à Paris, il repart pour l'Espagne où il coordonne l'action clandestine du Parti communiste espagnol, sous le pseudonyme de Federico Sanchez. Mais en 1964, le chef du PCE, Santiago Carillo, l'exclut du parti pour "déviationnisme". Il se consacre alors à l'écriture, en français et en espagnol. En 1969,
son roman "La deuxième mort de Ramon Mercader" obtient le prix Femina.

Adaptateur et dialoguiste des films "Z" (1969) et "L'aveu" (1970), il est aussi le complice au cinéma d'Yves Montand et du réalisateur Costa Gavras.

En 1988, le chef du gouvernement espagnol, le socialiste Felipe Gonzalez, lui offre le ministère de la Culture. Mais l'ancien militant joue les trouble-fêtes, se montre critique et quitte ses fonctions en 1991.

Belga