De pierre et d'os de Bérengère Cournut, une immersion poétique chez les Inuit

Portrait de Magito, jeune Inuit de Netsilik, Nunavut/Canada, anonyme, 1903-1905, Bibliothèque nationale de Norvège.
Portrait de Magito, jeune Inuit de Netsilik, Nunavut/Canada, anonyme, 1903-1905, Bibliothèque nationale de Norvège. - © Tous droits réservés

Quel beau roman, ce "De pierre et d’os" de Bérengère Cournut. L’auteure nous prend par la main et nous installe au cœur même d’un peuple. Elle n’en est pas à son coup d’essai. Son précédent roman nous proposait une immersion chez les Amérindiens Hopis en Arizona. Ici, les régions arides d’Arizona se transforment en banquise. Direction, le Grand Nord, l’Arctique. Là où vivent les Inuit. Et le voyage n’est pas frénétique, irrespectueux. Il est tout le contraire, une plongée poétique au pays de ces descendants des chasseurs nomades. Plongée lente, paisible, inéluctable comme les jours qui se succèdent doucement sans qu’on sache arrêter le temps ; sans qu’on ait même envie de le faire.

 Puissent ce roman être une porte d’entrée vers l’univers foisonnant du peuple inuit et les photos qui suivent l’effleurement d’un monde ancien toujours vivant. 

De pierre et d’os, c’est l’histoire d’Uqsuralik. Elle vit avec ses parents…jusqu’au jour où la glace craque ; où la banquise se fracture. Et la jeune fille est séparée physiquement de ses parents, de son frère et de sa sœur. Imaginez, deux portions de glaces qui se détachent et qui s’éloignent petit à petit. Uqsuralik se trouve sur l’une. Sa famille sur l’autre. A ce moment précis du récit, je me suis dit que Bérengère Cournut allait verser dans le côté dramatique et bavard de cette séparation. Et là, pas du tout. On suit Uqsuralik dans le Grand Nord. Elle est obligée d’avancer, de trouver d’autres humains si elle veut survivre. Mais on ne s’apitoie pas sur elle. Ce n’est pas le propos du livre. Du tout. On la suit au gré de ses rencontres, de ses expériences, et plus tard de son initiation au chamanisme, cette croyance qui imagine une médiation entre les humains et les esprits de la nature. Uqsuralik va se chercher aussi à travers tout le récit.

Un roman très documenté

De pierre et d’os, c’est une fiction…mais tellement documentée. Elle trouve son origine dans le coup de foudre de Bérengère Cournut pour de minuscules sculptures en os.  L'écrivaine s'est demandé quel peuple pouvait produire des oeuvres à la fois si simples et si puissantes. Et la poésie a émergé. Parce que le lieu, ce Grand Nord polaire, est grandiose. Parce que les Inuit ont des chants pour chaque occasion. Parce que Bérengère Cournut a su écouter ces chants et nous faire parvenir leur mélodie.

De pierre et d'os, c’est également un bel objet. Le livre se ferme d’ailleurs sur des photos de la banquise, des portraits d’Inuit. Superbes photos. Humaines, tellement humaines. Attachantes. Un tout petit bémol, on devine plus qu'on ne voit une ou deux photos en double page...à cause du pli du livre. 

Comme l'écrit si bien Bérengère Cournut elle-même, "Puissent ce roman être une porte d’entrée vers l’univers foisonnant du peuple inuit et les photos qui suivent l’effleurement d’un monde ancien toujours vivant." 

"De pierre et d'os" de Bérengère Cournut est publié aux éditions Le Tripode.
Il est également disponible en bibliothèque.