Le commis ou la balade new-yorkaise de Bernard Malamud

Bernard Malamud
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Bernard Malamud - © Rivages

Avec Le commis, je poursuis ma balade dans le New-York de l’après-guerre pour y rencontrer Morris Bober, un vieux juif dont la vie se résume à son épicerie. Une boutique de Brooklyn où le laitier dépose encore le lait tôt le matin. J’imagine ces cageots avec six bouteilles en verre déposés pour les futurs chalands alors que la ville se réveille doucement, que la nuit peine à desserrer son étreinte, que les fenêtres s’éclairent une à une au petit matin, que les voitures n’ont pas encore envahi la ville et agacé nos tympans.

Dans le quartier, tout le monde connaît Morris, sa femme Ida et sa fille Helen. Le commerce n’est pas ce que Morris en attendait et chaque centime est compté. Voilà que l’épicerie est braquée et notre épicier blessé…  Morris est décidément abonné à la guigne. C’est là que Frank, un Italien, entre dans la danse. Le commis, c’est lui.

Et Bernard Malamud réussit à transformer cette épicerie en théâtre où les destins se mêlent, s’entremêlent, s’influencent. Un lieu de dramaturgie où l’on s’embarque avec frénésie, tournant les pages du roman à la vitesse des péripéties de tout ce petit monde, de leurs mensonges, de leurs amours, de leurs faiblesses, de leur culpabilité, de leurs espérances, de leur désespoir et bien sûr de leur judaïté. Tous ont une incroyable capacité à endurer les coups et à se résigner.

Avec Le commis, Bernard Malamud signe en 1957 son deuxième roman. Il nous emmène sur certains chemins pour mieux nous détourner vers d’autres. Ces chemins nous conduisent dans l’épicerie de Morris Bober. Et bien au-delà. Là où on s’interroge sur ce que signifie être juif. Ce fils d’immigrés juifs russes venus s’installer aux Etats-Unis nous pousse aussi à réfléchir aux notions de destin et de rédemption.

Mais Bernard Malamud est plus que cela. Il est ancré  dans une époque et dans un lieu. Il raconte New-York et singulièrement le quartier pauvre de Brooklyn. Il raconte les années 50. Pas celles où la classe moyenne américaine s'enrichit. Non, plutôt celles de ces Américains qui voient passer le train sans pouvoir y grimper, même en deuxième classe. Le roman est touchant et l'oeuvre de Bernard Malamud d’une grande cohérence. Une oeuvre qui influencera notamment l'écrivain Philip Roth, son ami.

Le commis est paru chez Rivages poche et disponible en bibliothèque.