"Code 93", le roman d'Olivier Norek, un flic toulousain

Olivier Norek
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Olivier Norek - © © -Sébastien Lauby - 2013

Olivier Norek, flic, une quinzaine d'années d'expérience en Seine-Saint-Denis. Signe particulier : voudrait qu'on l'aime... "On a trop tendance à montrer des flics dépressifs, avec des gueules fatiguées, le nez dans la coke, et généralement acoquinés avec une prostituée. Si ça a existé, c’est terminé et c’est loin."

Rencontre avec Olivier Norek : "C'est mon premier roman, même si je me suis fait la main avec des collaborations, histoire de voir ce que j'avais dans les doigts, avant de me lancer."

Vous avez une voix jeune, je vous avais pris pour un flic proche de la retraite, qui partageait ses expériences à travers un roman ?

 

 

Et ben non, c’est pas le cas, j’ai 37 ans et j’exerce ce métier depuis 14 ans, donc je ne serai pas bientôt à la retraite. En revanche concernant mon expérience, après 14 ans dans le 94, c’est différent de 14 ans en province ou à la campagne. Je travaille dans le département le plus criminogène de France, donc les histoires incroyables et l’expérience, elles s’accumulent très très vite.

 

 

Je suis pas une fan des feuilletons policiers, mais j’imagine que la réalité est différente de ce qu’on voit à la télé ?

 

Oui c’est évidemment moins fun qu’une série américaine, mais moi ce que j’ai voulu, c’est restituer le vrai policier au lecteur. On a trop tendance à montrer des flics dépressifs, avec des gueules fatiguées, le nez dans la coke, généralement acoquiné avec une prostituée, oh là mon dieu, si ça a existé, c’est terminé et c’est loin.

Il y a eu Olivier Marchal qui nous a présenté une police très sombre.

Moi j’ai eu envie de présenter une police comme moi je l’ai vécue, c’est-à-dire des gens et des équipes qui vont plutôt bien, c’est plutôt le monde autour d’eux qui tourne mal.

 

Coste le protagoniste, c’est vous ?

 

Au début je m’en défendais, mais en fin de compte, c’est un peu ridicule de le nier, Coste c’est un peu moi. Il y a des traits de caractère, des façons de faire, qui sont les miennes, oui.

C’est cathartique ce geste d’écrire un livre, après 14 ans d’une vie professionnelle chahutée ?

 

C’est vrai que cela permet de sortir des choses intimes, qui restent enfouies depuis longtemps. On peut considérer cela comme un exutoire, en tout cas cela m’a permis en en parlant, de me stabiliser ; c’est un exercice assez salvateur.

 

On ne dévoile rien en disant que le début du livre, vous met en présence d’un cadavre qui va se réveiller pendant une autopsie. C’est possible ça ?

 

Ca ne m’est pas arrivé mais j’ai voulu que toutes les scènes d’homicides et d’autopsies aient été travaillées avec un médecin légiste, et qu’elle soient hyperréalistes. Et la construction de l’assassin a été travaillée avec une psycho-criminologue. Donc tout ce qu’on peut lire dans le livre est plausible.

 

Vous dites qu’un meurtre c’est simple, mais aujourd’hui l’assassin a peu de chance d’échapper à la justice, avec tous les moyens dont elle dispose ?

 

Je maintiens qu’un meurtre c’est simple, mais qu’obligatoirement vous allez vous faire attraper. Effectivement on a beaucoup de moyens à notre disposition, et à chaque infraction des moyens différents. Il y a tous les moyens d’identité judiciaire, les réquisitions bancaires, la téléphonie, la vidéo-surveillance, et quasi à 100 % vous terminerez derrière les barreaux.  

 

Avec le temps les faits se banalisent pour vous ?

 

Non parce que de toute façon j’ai toujours réussi à me dire, ce n’est pas ma peine, ce n’est pas ma famille, ce ne sont pas mes proches. C’est une peine qui ne m’appartient pas et je ne la vole pas aux gens. En revanche j’appréhende l’autre dans des conditions négatives, et ma vision s’est un peu altérée. Je suis devenu méfiant, et j’accorde difficilement ma confiance. Je suis toujours en jugement et j’analyse l’autre.

Christine Pinchart

 

"Code 93" d'Olivier Norek, chez Michel Lafon