Charles Nouveau réinvente le podcast conversationnel avec "Irremplaçable"

Dans "Irremplaçable", l’humoriste suisse Charles Nouveau propose des interviews décalées de personnalités qu’il ne recevra jamais. Un concept qui illustre sa vision absurde de l’humour et qui redonne un coup de neuf aux longs formats de conversation des podcasts. Rencontre avec l’humoriste à l’occasion de son passage en France.

Dans son podcast "Irremplaçable", l’humoriste suisse a reçu à son micro bon nombre de personnalités : Didier Raoult, Nicolas Sarkozy, Joey Starr, Anne Hidalgo, Geneviève de Fontenay. Enfin presque… Car toutes ont été remplacées à la dernière minute, faute de disponibilité. A la place, les humoristes Urbain, Verino, Yacine Belhousse, Thomas Wiesel ou encore Bun Hay Mean ont répondu à ses questions sans connaître à l’avance qui ils allaient remplacer. Résultats : des interviews nourries d’empathie, parfois absurdes, voire schizophréniques, et toujours drôles.

Côté invités, il n’y a eu pour l’instant qu’un seul "remplaçant" dont le métier n’est pas humoriste : l’auteur, compositeur et interprète Julien Granel, venu parler au nom de la chanteuse Angèle. "Le but n’est pas d’avoir quelqu’un qui gravite forcément dans l’humour", explique Charles Nouveau qui vit entre Paris et la Suisse. "J’aimerais bien avoir des journalistes, des politologues, des présentateurs, mais le fait que ce soit une personne drôle garantit que ça puisse être cool".

Le contraste, l’absurde et le second degré

Ce podcast naît "après la dernière soirée Première Fois (créée par Yacine Belhousse) en février 2020", se souvient vaguement l’humoriste. Dans sa tête trottait le concept d’un podcast de conversation, dans lequel "il n’y a pas vraiment de règles et où la discussion reste libre". "Je ne voulais pas reprendre le même schéma où deux humoristes parlent ensemble, explique Charles Nouveau, je voulais rajouter une difficulté pour la personne qui viendrait".

Comme une ligne directrice, il travaille sur le contraste, l’absurde et le second degré. Ses invités, bien qu’ils entretiennent parfois certains liens avec les personnes qu’ils remplacent, sont généralement aux antipodes. "Geneviève de Fontenay par exemple représente un certain genre de raffinement. Bun Hay Mean, [son remplaçant dans l’épisode, NDLR.] ce n’est pas le plus raffiné", explique-t-il en rigolant.

"Geek" du stand-up et ultra-fan du FC Barcelone

Lâcher Charles Nouveau dans n’importe quel pays, il saura s’intégrer, car l’homme maîtrise sur le bout des doigts l’anglais, l’espagnol, le français ainsi que deux choses les plus universelles au monde : le foot et le rire.

La première arrive tôt dans sa vie. Le Suisse supporte le FC Barcelone bien avant l’euphorie européenne pour le club, héritage d’une culture hispanique côté maternel. "J’étais le seul gamin à porter le maillot du Barça dans mon club de foot, l’US Terre Sainte", raconte-t-il. "Les gars m’appelaient tous Barça, ils pensaient que c’était mon prénom". Depuis, les maillots à bandes rouge et bleu se sont largement popularisés.

La seconde, il l’a découverte il y a presque 7 ans, en regardant Dave Chappelle, Louis C.K. ou Aziz Ansari et devient rapidement un "geek" du stand-up américain. Il monte alors sur scène en Suisse, encouragé par Marina Rollman et Alexandre Kominek, deux humoristes suisses, puis part performer en français, en anglais, en espagnol, et même en italien.

Alors à la question "dans quelle langue préférez-vous jouer ?", Charles Nouveau répond dans un premier temps : "Je dirais l’anglais, car c’est plus punchy. Mais la plupart de mes blagues sont traduisibles, et c’est très marrant de voir que pour X raisons, elles marchent mieux dans une langue ou dans une autre". Puis, il revient au cours de l’entretien sur cette question en nuançant : "D’un autre côté la richesse de la langue française est géniale. Edouard Baer en anglais, ce n’est plus du Édouard Baer", s’exclame-t-il. Irremplaçable ce Charles Nouveau.