Ceux qui me restent…

Paris, 1968, Florent Vastel n'a que faire des manifestations en cours à la Sorbonne, lui, il veut retrouver cette petite touriste anglaise rencontrée dans une AG révolutionnaire. Il part pour l'Angleterre. Changement de décor et d'époque. Il accompagne Lilie –sa fille- à l'enterrement de sa femme. Changement de décor à nouveau, sur le bateau qui les ramène en France, il perd sa fille qui s'est éloignée de quelques mètres. Changement de décor enfin : sur un lit d'hôpital,de nos jours, entre deux visites d'une Lilie qu'il ne reconnait plus toujours, il cherche à reconstituer sa vie en fouillant dans une mémoire qui n'est plus constituée que de trous voire d’abymes.

 

Dès la couverture, le décor est planté avec ce titre dont les dernières lettres s'effacent, car "Ceux qui restent", ce sont les derniers souvenirs de Florent dans ce livre incroyablement fort et juste sur la dégénérescence liée à l'Alzheimer que proposent Damien MARIE et Laurent BONNEAU. Sans verser dans le larmoyant facile, ils nous font pénétrer dans les souvenirs et les absences de Florent, dans sa quête de lui-même. Le récit qui oublie –si l'on ose dire- toute linéarité temporelle parvient à tenir le lecteur en haleine de bout en bout. Avec une grande maitrise du récit, le scénariste parvient à parler de sujets délicats comme la mort et l'amour avec une sensibilité qui prend aux tripes

Le dessin de de Bonneau fait fi de décors inutiles pour se concentrer sur des personnages aux traits tout simples mais pleins d'expressivité. A coup d'aplats et de traits au fusain, il crée une ambiance tantôt glaçante, tantôt pleine de tendresse.

 

En bref : une grande BD à ne pas manquer, remarquablement réalisée sur un sujet fort et sensible.

 

Ceux qui me restent par Damien Marie et Laurent Bonneau chez Bamboo/Grand Angle

 

Denis MARC